L’économie française est-elle à la veille d’une « vraie » reprise ?

Analyse de Jean-Luc Biacabe, directeur des politiques économiques à la CCI Paris Île-de-France.

Quel panorama brossez-vous de l’économie mondiale ?

L’économie mondiale digère les chocs enregistrés en 2014, tels que la division par deux du prix du pétrole et la baisse de 15 % du taux de change de l’euro contre le dollar. Mais alors que ces effets auraient dû être sensiblement positifs, les résultats de début 2015 sont globalement décevants.

L’économie mondiale affiche ainsi un taux de croissance à peine supérieur à 3 %. Dans certains grands pays comme les Etats-Unis et la Chine, des problèmes internes ont en effet amoindri les effets positifs de la baisse du prix du pétrole et des matières premières.

Dans ce contexte, où en est la conjoncture économique française ?

La situation économique de la France connait un début d’amélioration, après trois ans de quasi-stagnation. Les ménages ont d’ores et déjà enregistré les effets bénéfiques de la baisse du prix du pétrole sur le pouvoir d’achat, et leur consommation s’est donc redressée.

Les entreprises, quant à elles, vont voir leur taux de marge augmenter significativement grâce à plusieurs facteurs : des gains de compétitivité dus à la baisse de l’euro, la chute des prix des matières premières et de l’énergie, mais aussi le déploiement des mesures de soutien public telles que le CICE et le Pacte de responsabilité et de solidarité.

Il faudra tout de même attendre la seconde partie de 2015 pour que l’amélioration de la profitabilité se traduise par un regain d’investissements. Quant aux effets sur l’emploi et le chômage, ils ne devraient se faire sentir qu’à partir de début 2016.

L’économie française va « mieux ». Peut-on pour autant affirmer qu’elle va « bien » ?

La réponse est non. En effet, cette embellie reste fragile, transitoire et dépendante de facteurs externes que la France ne maitrise pas. La menace de Grexit ou le krach boursier chinois sont là pour nous le rappeler.

Beaucoup reste à faire pour régler les problèmes structurels de l’économie française, à un moment où la transformation digitale rebat rapidement et massivement les cartes. La France continue d’afficher un quasi record mondial des dépenses publiques (57.5 % du PIB en 2014) et des hausses des prélèvements obligatoires. Son déficit public s’affiche à 4 % du PIB, sans que l’on puisse compter sur une nouvelle hausse des impôts ou taxes pour le réduire.

L’urgence reste donc à une réduction importante des dépenses publiques. Rappelons que revenir à la moyenne des pays de la zone euro, conduirait à réduire de 5 points de PIB le niveau de ces dépenses, pour atteindre environ 110 milliards d’euros. A ce jour, aucune piste significative n’a encore été évoquée pour y parvenir.

Le 16/07/2015