Transition énergétique : pour un pari gagnant en termes de croissance et d’emploi

Alors que les discussions parlementaires se poursuivent sur le projet de loi Transition énergétique pour une croissance verte et que se prépare la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique qui se tiendra à Paris en décembre 2015, la CCI Paris Île-de-France détaille ses propositions pour concilier transition énergétique et compétitivité.

La France doit passer d’un modèle électrique tout nucléaire/hydraulique à un modèle qui mixe le nucléaire, l’hydraulique et les énergies renouvelables. Plusieurs conditions doivent être réunies pour réussir le pari gagnant en matière de croissance et d’emploi de cette nécessaire transition. Le coût de l’énergie étant un facteur majeur dans la compétition internationale, il est tout d’abord essentiel que la France préserve son avantage compétitif énergétique du prix du kilowatt-heure d’électricité, en termes de coût et de qualité. 

D’autre part, l’innovation ne doit pas être bridée, ce qui suppose une planification des futurs moyens de production (combinaison des différentes formes d’énergie) pas trop rigide. De plus, seul un signal prix clair et sur le long terme permettra de modifier les usages et d’orienter les investissements vers des technologies bas carbone. Enfin, il est temps d’intégrer le contexte européen dans la transition énergétique française et de bâtir une Europe de l’énergie.

Face à de tels défis, la CCI Paris Île-de-France propose un ambitieux plan d’actions articulé autour de trois axes.

La compétitivité

Pour garantir l’avantage compétitif de la France en matière énergétique, il est impératif d’adopter une approche économique fondée sur le rapport efficacité-coût de chaque énergie. A court terme, il ne faut pas s’interdire d’allonger la durée d’exploitation des centrales sous réserve, bien entendu, de l’accord de l’Agence de sécurité nucléaire, afin de renforcer l’atout prix de l’énergie nucléaire. Il est également nécessaire de lever le veto sur la R&D dans des technologies propres d’extraction d’hydrocarbures non conventionnels (gaz de schiste notamment) en s’appuyant sur le savoir-faire des entreprises françaises pour estimer réellement nos réserves

La maîtrise et la modulation de la demande

Mais avant de faire évoluer le mix énergétique français, il faut réduire massivement notre consommation d’énergie. Cela suppose de basculer d’un modèle centré sur la production d’énergie vers un modèle de maîtrise et de modulation de la demande. Engager cette mutation nécessite de favoriser la complémentarité des acteurs de la transformation énergétique avec ceux de la transformation numérique afin d’accélérer l’émergence de champions et de services dans la gestion des données énergétiques, la modulation électrique BtoBtoC et les réseaux intelligents.

Il convient par ailleurs, dans le bâtiment comme dans le tertiaire, de coupler des solutions d’efficacité énergétique "passives" avec des solutions "actives" de gestion des flux de consommation via l’utilisation de systèmes intelligents de comptage, de contrôle et de régulation. Parallèlement, il faut mettre en place un cadre incitatif afin que les entreprises modulent leur consommation électrique, notamment lors des périodes de pointe.

Le stockage à grande échelle et les réseaux

L’adaptation des réseaux électriques et les solutions de stockage à grande échelle de l’électricité sont un préalable au développement des énergies renouvelables. Il convient d’une part de doubler de 25 à 50 M€/an les dépenses publiques de R&D liées au stockage à grande échelle, qui permettrait de changer complètement l’usage et la rentabilité des énergies renouvelables.

Il faut d’autre part accroître le montant des investissements nationaux de sécurisation et de modernisation des infrastructures pour maintenir la qualité du réseau électrique. Il serait enfin nécessaire de consacrer 30 mds €/an du plan Juncker à des investissements massifs dans les interconnexions des réseaux électriques de transport à l’échelle européenne afin de garantir et sécuriser la continuité de fourniture d’électricité.

La France a aujourd’hui l’opportunité d’impulser un vrai projet d’union européenne de l’énergie en renforçant les interconnexions des réseaux électriques, la R&D dans le stockage massif des énergies renouvelables et un prix durable du carbone à 30€ la tonne. Une telle initiative légitimerait son rôle d’organisateur de la Conférence Climat de décembre prochain et son ambition d’aboutir à un accord historique sur le climat, contraignant au niveau mondial.

Consultez le rapport de la CCI Paris Île-de-France Concilier transition énergétique et compétitivité

Le 23/02/2015