Soldes d’été 2016 : les commerçants parisiens dans l’attente

Seule période de l’année durant laquelle les commerçants peuvent vendre à perte, les soldes ont débuté ce matin dès 8h dans les magasins et sur internet. Pour les commerçants, les soldes d’été restent un événement attendu, même si une érosion continue se fait sentir face à la concurrence accrue des ventes privées et promotions avant le démarrage officiel des soldes.

Un contexte général peu porteur

La météo particulièrement maussade des dernières semaines, conjuguée à un contexte social toujours tendu, ne devrait pas donner lieu, après des soldes d’hiver peu concluants en termes de chiffre d’affaires, à de fortes envolées en ce premier jour officiel de soldes. Un constat déjà également assombri par les derniers chiffres des  ventes de textile et d’habillement : selon l’Institut Français de la Mode, pour les quatre premiers mois de l’année 2016, la consommation de textile-habillement a connu une baisse de 1,6 % en valeur par rapport à la même période de 2015.

Aujourd’hui, les consommateurs ne sont plus qu’environ 70 % à déclarer vouloir profiter des soldes pour réaliser de bonnes affaires. Ce chiffre est en en baisse de 1,5 point par rapport à 2015 (source : enquête LSA). L’allongement de la durée officielle des soldes, portée par le législateur de cinq à six semaines depuis le 1er janvier 2015, pourrait permettre aux commerçants de réaliser des ventes à prix cassés plus longtemps, mais le résultat semble aléatoire : « l’allongement à six semaines de soldes, ça ne sert à rien ! Les soldes vont finir le 2 août, il n’y aura plus personne à Paris » indique un commerçant parisien interrogé ce matin.

Quelques points positifs sont à souligner tout de même : le beau temps est au rendez-vous en ce premier jour, ce qui pourrait pousser les consommateurs à en profiter pour arpenter les artères de la capitale. Le panier moyen devrait être en hausse de 30 % par rapport à l’été dernier, se situant aux alentours de 230 € de dépenses en moyenne. Et l’organisation de l’Euro 2016, et son flot de touristes, devrait constituer une manne supplémentaire de clients potentiels : « de nombreux touristes européens sont présents pour suivre l’Euro de football, et je peux vous dire qu’ils dépensent », confirme un commerçant situé sur les Champs Elysées.

Des stocks importants en début de soldes

Sous l’effet d’une météo peu clémente au printemps, les produits d’été ne se sont pas ou très peu vendus. Les commerçants se retrouvent avec des stocks particulièrement élevés en ce premier jour des soldes. Selon un commerçant parisien rencontré ce matin, un constat s’impose : « il est vraiment très rare que l’on se retrouve avec ce niveau de stock en début de soldes ; heureusement, en tant qu’enseigne, nous avons pu mutualiser nos stocks avec d’autres magasins, mais c’est presque du jamais vu ». Les commerçants indépendants, ne pouvant bénéficier du soutien d’un tel réseau, pourraient s’en trouver particulièrement affectés.

Il n’est donc pas rare que les commerçants affichent allègrement dans leur vitrine des rabais oscillant entre 40 et 50 % en première démarque, voire même -60 % sur certains accessoires. Certaines enseignes appliquent même parfois -10 % supplémentaires pour les détenteurs de cartes de fidélité.

Dans les grands magasins parisiens, l’affluence semble être toujours au rendez-vous. Comme à leur habitude, ils bénéficient de l’attrait des clients internationaux venus profiter des bonnes affaires. Débutant à -30 %, les remises atteignent facilement -50 % sur certains articles. Une « grande braderie » est même organisée par certaines enseignes, les rabais pouvant atteindre jusqu’à 70 % sur quelques produits.

Des ventes privées et promotions quasi permanentes

Les opérations de ventes à prix cassés, hors période de soldes officiels, sont maintenant largement répandues et plus seulement réservées à quelques clients privilégiés. De grandes enseignes proposent, parfois depuis quinze jours, des pré-soldes aux détenteurs de cartes de fidélité, sous la forme d’un code couleur identique à celui utilisé pendant les soldes officiels. Cette pratique devient quasiment inévitable pour les commerçants, pour répondre aux demandes des consommateurs qui souhaitent réaliser, en avant-première, des bonnes affaires.

Le e-commerce poursuit son essor

Le marché des ventes en ligne maintient un rythme de croissance soutenu au 1er trimestre 2016, sous l’effet de consommateurs de plus en plus connectés via leurs ordinateurs, tablettes et smartphones. Selon la Fevad, lors des trois premiers mois de l’année 2016, les ventes sur internet ont progressé de 16 % par rapport au 1er trimestre 2015 et atteignent dorénavant 17,9 milliards d’euros en France. La forte hausse du nombre de transactions (+21 % sur un an) compense la baisse du montant moyen de la transaction (-4,4 %). Actuellement, 15 % des achats en textile-habillement sont réalisés par le biais d’internet et cette part est en hausse constante chaque année.

Des commerçants pragmatiques

Un même sentiment général domine chez les commerçants parisiens en ce premier jour de soldes : le pragmatisme. « Nous savons très bien que les soldes ne sont plus comme avant ; nous devons être pragmatiques et vendre le plus possible. Nous verrons bien ce que ça nous rapportera, même si on sait déjà que ça ne devrait pas représenter beaucoup en termes de chiffres d’affaires ». Malgré tout, les clients sont quand même présents en nombre et il n’est pas rare d’observer quelques files d’attente aux caisses des magasins ; néanmoins, du fait de la multiplication des ventes privées ou promotions tout au long de l’année, les consommateurs devraient être moins focalisés sur les soldes. Pour les commerçants parisiens, l’attente reste grande, mais teintée de prudence.

Enquête réalisée par le CROCIS de la CCI Paris Ile-de-France le 22 juin 2016 auprès d’une cinquantaine de commerçants parisiens.

Le 27 juillet 2016, le CROCIS dressera un bilan définitif des résultats des soldes à partir d’une enquête réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 300 commerçants parisiens, complétée par 80 entretiens en face-à-face, qui déterminera si les soldes d’été 2016 ont atteint leurs objectifs dans les commerces parisiens.

Le 22/06/2016