Pour un processus de certification plus fluide des formations professionnelles

Le 29/12/2015
Le monde actuel est en perpétuel mouvement. Il faut sans cesse aller plus vite, faire preuve de la plus grande « agilité » et le domaine de la formation n’échappe pas à ces nouvelles constantes. Les métiers aussi évoluent, certains disparaissent, de nouveaux voient le jour et tout cela à un rythme soutenu. L’adaptation rapide des formations à la réalité du monde professionnel est donc une nécessité et la maîtrise des délais de certification est devenue une problématique majeure.
Jacques-Olivier Hénon
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Directeur Direction des Politiques éducatives / Directeur du CFA
Diplôme
Pour un processus de certification plus fluide des formations professionnelles
Fotolia / CCI Paris Ile-de-France

Il y a 10 ans les métiers de community manager et d’architecte numérique étaient inconnus. Aujourd’hui, pourtant, les entreprises les recrutent activement et des écoles ont même été créées pour en former plusieurs milliers chaque année, un chiffre encore insuffisant pour combler les demandes des recruteurs.

Devant cette évolution rapide des métiers, les organismes de formation s’efforcent de proposer des parcours en phase avec la réalité des besoins des entreprises. Ils suivent de près les mutations en consultant les professionnels et adaptent leurs formations afin que leurs diplômés possèdent les compétences adéquates. C’est essentiel pour qu’ils s’insèrent durablement dans le monde professionnel et exercent le mieux possible leur métier.

Adapter les formations à l’évolution des métiers : l’expertise des écoles consulaires

Il faut sans relâche observer la distance entre la réalité du terrain et la formation. Dès qu’un écart est constaté, l’appareil de formation doit immédiatement être adapté pour répondre au nouveau besoin, que ce soit en créant une nouvelle formation ou en modifiant une formation existante.

Fortes de leur expérience et de leur proximité avec les entreprises (apprentissage, formation continue, VAE), les Chambres de commerce et d’industrie savent mettre en phase les jeunes en quête de formation et les entreprises à la recherche de nouvelles recrues correctement formées et opérationnelles. Une expertise précieuse dans un environnement aussi concurrentiel que celui de la formation !

Les écoles consulaires sont capables d’affiner pratiquement en temps réel leur offre de formation. Lors des conseils d’établissement et des conseils de perfectionnement, les professionnels et représentants de l’entreprise échangent avec les spécialistes de l’ingénierie pédagogique et les dirigeants de l’école. Ils signalent les évolutions métier récentes qui font défaut dans le référentiel de la formation en question et les éléments qui ne répondent plus parfaitement aux besoins des entreprises. Grâce à la veille permanente qui est systématiquement menée, les compétences nécessaires sont repérées très tôt.

Si  l’adaptation du contenu des formations à la réalité du monde professionnel est une chose, qu’en est-il du délai entre le moment où les contenus sont adaptés et celui où la nouveauté est certifiée ?

Délais de certification des formations : un enjeu crucial

Un diplôme estampillé Éducation nationale évolue en moyenne tous les 8 ans. Période considérable dans des secteurs aussi sensibles que le numérique, par exemple. En fonction des secteurs, ces évolutions peuvent revêtir de profondes modifications ayant des implications jusqu’à la modification du nom même de la formation ou du diplôme.

Les titres et certifications professionnelles inscrits au RNCP (Répertoire National des Certifications Professionnelles), qui émanent d’organismes de formation consulaires, n’échappent pas à ce phénomène d’évolution. C’est d’ailleurs leur raison d’être. Issus d’un besoin spécifique repéré sur le marché, leur adéquation à ce dernier est régulièrement contrôlée. Mais, contrairement aux diplômes Éducation nationale qui sont certifiés de droit, les titres et certifications professionnelles doivent être certifiés par la Commission nationale de la Certification Professionnelle (CNCP) . La CNCP enregistre alors la certification pour une durée pouvant aller jusqu’à 5 ans.

Le système de référencement du RNCP pousse les établissements en quête de certifications, d’une part à penser – ou à repenser – leur ingénierie pédagogique en partant des compétences correspondant à un métier et, d’autre part, à mettre en place des formations en  phase avec les véritables besoins du marché de l’emploi. La mise en place de ce répertoire donne ainsi aux étudiants et aux entreprises la possibilité d’avoir une vue concrète et précise sur la finalité professionnelle de chaque titre ou certification professionnelle.

Le processus de certification est particulièrement précis et les exigences de la CNCP sont nombreuses. Les écoles candidates à la certification doivent être parfaitement organisées. Elles n’ont pas droit à l’erreur sous peine de voir leur dossier rejeté ou ajourné.

L’instruction d’un dossier complet et dûment rempli ou celle d’un renouvellement de certification en bonne et due forme par la CNCP peut prendre beaucoup de temps : 12 à 18 mois actuellement. Et l’on sait pertinemment qu’un titre ou une certification non renouvelée à temps peut avoir de graves conséquences pour le détenteur du titre.

La certification est synonyme de « reconnaissance par l’État ». Et, rappelons-le, un titre a valeur de diplôme.

Certification au RNCP : un système victime de son succès ?

Figurer au RNCP est devenu en l’espace de quelques années une véritable reconnaissance de qualité en matière de certification professionnelle. Cela permet aux établissements propriétaires de la formation de garantir à leurs stagiaires, étudiants ou apprentis une insertion quasi certaine.

Par ailleurs, les OPCA, organismes financeurs de la formation professionnelle, se fient de plus en plus au RNCP.

Etre inscrit au RNCP est la preuve que les formations garantissent une réponse pertinente à des besoins identifiés du monde professionnel, un critère décisif pour l’obtention d’un financement dans le cadre d’un parcours de formation diplômant ou qualifiant.  C’est un outil qualitatif de référence et un enjeu non seulement financier mais aussi marketing et stratégique pour les organismes de formation.

La dernière loi sur la réforme professionnelle, du 5 mars 2014, impose elle-même que toute formation, pour bénéficier de financement, prépare à tout ou partie d’un diplôme/d’une certification inscrite au RNCP.

Dans un tel contexte il n’est pas surprenant de constater l’augmentation des dossiers à instruire et de se poser la question de la maîtrise des délais de certification.

Face à la demande croissante, les ressources de la CNCP sont insuffisantes (2 instructeurs régionaux seulement pour la région Île-de-France). Il n’est pas étonnant que les délais de traitement des dossiers soient importants, une situation regrettable et préjudiciable.

Suite aux demandes régulières du Président de la CNCP, le gouvernement a accepté d’augmenter le nombre d’instructeurs de 3 personnes supplémentaires.  Reste à trouver les candidats et à les sensibiliser sur leur rôle et leurs missions.
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