Interview d’Alexandre Heboyan, co-réalisateur de « Mune, le Gardien de la Lune », diplômé de GOBELINS

Diplômé de GOBELINS, l’école de l’image, Alexandre Heboyan est un animateur et un réalisateur comblé. Son premier film d’animation « Mune, le Gardien de la Lune », co-réalisé avec Benoît Philippon, est sorti au cinéma mercredi 14 octobre dernier. Retour sur son parcours.

De GOBELINS au studio DreamWorks 

Diplômé de GOBELINS, animateur, réalisateur… pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Alexandre Heboyan : J’ai terminé ma formation de dessinateur d’animation 2D/3D à GOBELINS en 2004 avec La Migration Bigoudenn, un court métrage de fin d’études décalé et poétique sur le rituel de la crêpe des bigoudens.

Le film avait beaucoup plu à l’époque pour sa direction artistique novatrice, une animation 3D graphique et artistique différente du traitement « très en volume » qu’on avait l’habitude de voir. Il a obtenu de nombreux prix et notamment le prix spécial du jury au festival américain SIGGRAPH en 2005.

On s’est donc rendu sur place, à Los Angeles, avec les co-réalisateurs Fafah Togora et Eric Castaing. C’est là que Shelley Page, dénicheur de talents pour DreamWorks Animation qui était aussi membre de notre jury de fin d’année, nous a proposé de visiter leur studio, un endroit incroyable.

A l’époque, le film Kung Fu Panda était en préparation et les premiers artworks étaient affichés sur les murs. C’étaient les dessins de Nicolas Marlet, un ancien de GOBELINS lui aussi qui est aujourd’hui l’un des meilleurs character designers du monde de l’animation*. J’avais vraiment envie de participer à ce projet et on m’a proposé de rejoindre l’équipe en tant qu’animateur. J’y suis resté trois ans pendant lesquels j’ai travaillé sur Kung Fu Panda et Monstre vs. Alien.

Retour à Paris, objectif « Mune, le Gardien de la Lune »

C’est à la fin de ces trois ans que Benoît Philippon, scénariste, réalisateur et ami, m’a contacté. Il commençait à travailler sur le film, avait un producteur mais ne connaissait pas l’animation et recherchait un co-réalisateur spécialisé dans ce domaine pour travailler avec lui. C’est là que l’aventure Mune, le Gardien de la Lune a commencé.


© 2015 ONYX-FILMS - ORANGE-STUDIO - KINOLOGY

Pourquoi la réalisation ?

J’ai toujours voulu faire de la réalisation. Travailler à DreamWorks a donc surtout été une occasion d’apprendre beaucoup de choses, de vivre une aventure, d’aller aux États-Unis mais pas une finalité.
Déjà, après La Migration Bigoudenn, je voulais faire d’autres courts métrages en France et  éventuellement, plus tard, réaliser un long métrage mais cette opportunité est arrivée plus vite que prévu ! J’ai eu la chance de connaître Benoît, qu’il ait ce projet, qu’il pense à moi. Tout ça s’est bien goupillé. Dans ce métier, le relationnel et le réseau comptent beaucoup.

Pour travailler sur Mune par exemple, j’ai fait appel à tout mon réseau d’anciens de GOBELINS. Les directeurs artistiques, Rémi Salmon et Aurélien Predal, comme beaucoup de designers du film dont Nicolas Marlet, sont tous des anciens étudiants de l’école.

Le fruit de la « culture GOBELINS »

Quels sont les points forts de l’école et de la formation que vous avez suivie ?

Le point fort de l’école, outre l’animation, c’est la direction artistique moderne et novatrice. Mune s’inscrit d’ailleurs visuellement un peu dans la suite de ce qu’on a fait sur nos courts métrages. Je pense à La Migration Bigoudenn mais aussi à Burning Safari, Le Building

À GOBELINS, on bénéficie d’une formation d’animation d’excellence, unique et vraiment poussée sur l’animation de personnage. Les étudiants ont aussi la possibilité de faire des films, des courts métrages comme ceux présentés chaque année au festival international du film d’animation d’Annecy. Ces réalisations constituent vraiment un tremplin pour la suite et mon parcours en est un bon exemple puisque tout a commencé avec La Migration Bigoudenn.

Enfin, l’aspect « communautaire » et « réseau » de l’école est extrêmement important. La qualité visuelle de Mune est le fruit d’une équipe issue de la culture GOBELINS, de cette culture 2D/3D qui est aussi dans la continuité de notre culture visuelle française.


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Êtes-vous resté en contact avec l’école ?

J’ai animé pendant quelques années des séminaires de formation à l’étranger – à Bangkok, Le Cap, Singapour et Manille - sur l’animation de personnages, dans le cadre des Masterclasses GOBELINS et reste aujourd’hui encore régulièrement en contact avec l’école. Il y a quelques mois, par exemple, je suis venu montrer aux étudiants le making of de Mune, de belles images inédites.

J’ai eu la chance, en sortant de GOBELINS, de travailler avec Michel Ocelot comme animateur sur Azur et Asmar sorti en 2006, d’avoir bénéficié d’une expérience internationale aux États-Unis et maintenant de passer à la réalisation de longs métrages. À mon tour aujourd’hui de partager mon expérience !

Un conseil ? Bien s’entourer pour pouvoir avancer

Quels conseils pourriez-vous donner aux étudiants ?

Aux étudiants qui souhaiteraient réaliser un film, je dirais de lancer soi-même des projets, d’écrire des histoires, d’oser envoyer ses bandes démo et apprendre des refus pour progresser… On peut tout apprendre, apprendre à écrire, à devenir scénariste, réalisateur. C’est une question de motivation.

Il faut aussi savoir ce que l’on veut et se constituer un réseau. Au-delà des compétences artistiques, c’est essentiel de savoir bien s’entourer pour pouvoir avancer.

Quels sont vos projets pour la suite ?

La promotion du film et un autre projet d’animation que je suis en train d’écrire, toujours avec Benoît Philippon. Ce sera un autre film d’animation 3D, un conte dans la lignée de Mune mais avec un univers mythologique différent.

* Character designer : concepteur de personnages

Pour retrouver toutes les informations sur les formations au cinéma d’animation de GOBELINS, l’école de l’image

Mune, le Gardien de la Lune, un film de Benoît Philippon et Alexandre Heboyan :

Le 29/10/2015