5 questions sur l'apprentissage à Franck Degrémont, fondateur de SyCy

Ingénieur en Electronique et informatique de Polytech Paris UPMC / Renault Trucks, Franck Degrémont a effectué toutes ses études supérieures en apprentissage. Aujourd’hui, il est à la tête de SyCy, une startup, qu’il a montée à l’issue d’un projet de 2ème année en école d’ingénieur, spécialisée dans la conversion des ondes magnétiques en électricité. En tant qu’ancien apprenti, Franck répond à 5 questions que nous lui avons posées sur l’apprentissage.

1. Pour vous, être apprenti, cela signifie quoi ?

Etre apprenti, c’est pouvoir passer d’une formation très théorique, c’est-à-dire des cours tout le temps, à une formation plus pratique, avec de vraies mises en situation, des collègues, des clients. Cela dit, en apprentissage, le rythme est très différent : deux semaines de cours, puis deux semaines de travail, et ainsi de suite. Ce sont deux modes de pensée qui ne sont pas naturellement complémentaires. D’un côté on suit des cours, on les assimile, on a des examens, de l’autre on doit accomplir des tâches et gérer les projets sur lesquels on travaille dans le cadre de l’entreprise. C’est formidable, mais il faut savoir jongler mentalement avec les deux. Au départ, cela peut en perturber certains, on finit par s’organiser


2. Vous-même l’avez été au CFA UPMC. Pourquoi avoir fait ce choix à l’époque ?

C’était une évidence. J’ai été plongé dans le monde professionnel très tôt, via des stages, et c’était ce que j’appréciais le plus, bien plus que les cours… Je m’étais fixé l’objectif d’un bac + 5, donc après mon BTS, j’ai suivi une licence pro, avant d’entrer en école d’ingénieur, toujours en apprentissage. Ce mode de formation me correspondait, je savais que j’avais besoin de faire - et non seulement retenir - pour assimiler les connaissances. Car c’est aussi une question de profil. L’apprentissage est une excellente filière de formation, mais il faut que cela nous corresponde. Tout le monde n’y trouvera pas forcément son compte.


3. Quels en ont été pour vous les avantages ? Les bénéfices ? Avez-vous eu des étonnements ?

Les avantages sont nombreux ! D’abord, l’indépendance financière. Moi, j’ai pu quitter le foyer familial et m’installer. J’en ai vu d’autres acheter une voiture, faire des investissements… Et pendant que certains entamaient des stages de six mois, je profitais de mes congés payés. En partant hors-saison, je m’offrais de vraies vacances. En fait, on peut assez rapidement gagner en confort. Et c’est quand même mieux de toucher un salaire en faisant quelque chose que l’on a choisi plutôt qu’avec un boulot alimentaire… On rencontre aussi plein de gens. C’est en alternance que j’ai vraiment découvert ce que c’est d’avoir une clientèle, par exemple. Et une fois dans le monde du travail, on peut se faire valoir par une expérience concrète, par tout ce que l’on a déjà réalisé. La chose qui m’étonne encore aujourd’hui, en revanche, c’est le regard que beaucoup, y compris certains enseignants chercheurs, portent sur l’apprentissage. Il est perçu comme une formation a minima. Or, quand une formation initiale compte 400 heures, les apprentis en font 350. C’est donc quasiment pareil, avec un emploi du temps encore plus compliqué à gérer. Il faudrait rappeler à tout le monde que l’apprentissage n’est pas un « plan B ». C’est un choix de carrière. en ce sens, ce serait bien de l’ouvrir à toutes les formations. D’ailleurs, c’est arrivé qu’à certains examens, les apprentis de ma classe aient de meilleures notes que les autres élèves. Ca démontre bien que ces préjugés sont absurdes.


4. Que diriez-vous à un jeune apprenti qui s’apprête à entamer sa formation ?

« Vas-y, éclate-toi ! » Voilà ce que je lui dirais. Ce seront ses dernières années d’études, les meilleures. Il pourra acquérir de l’expérience tout en profitant de l’insouciance, travailler sans pression, car lorsqu’un apprenti fait une erreur, on ne peut lui en tenir rigueur. C’est un confort très précieux.

5. En quoi l’apprentissage vous a été utile dans la création de votre start-up ?

Quand on monte une boîte, à moins d’avoir déjà travaillé en entreprise, on ne sait pas du tout comment ça marche. On doit décider quelle structure on veut adopter (transversale, pyramidale…), alors on se renseigne, on cherche, on s’inspire des modèles existants. On doit aussi rédiger des contrats, faire appel à un contrôleur de gestion, alors qu’on ne sait même pas ce que c’est… Dans mon cas, l’apprentissage m’a permis d’avoir affaire très tôt à tout ça. Au contact des commerciaux, j’ai pu voir comment ils travaillaient, comment ils s’exprimaient. En fait, quand on veut devenir entrepreneur, l’apprentissage est un excellent moyen d’y parvenir.

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Le 16/06/2016