5 questions sur l'apprentissage à Stéphane Fortunat, artisan plombier

Artisan plombier, Stéphane Fortunat, doit beaucoup à l'apprentissage puique c'est ce dispositif de formation qui lui a permis d'apprendre le métier qu'il exerce avec talent aujourd'hui. Il nous livre son sentiment sur ce mode de formation, ses avantages et ce qu'il faudrait entreprendre pour le dynamiser et le développer plus encore.

1. Quel souvenir gardez-vous de l’époque où vous étiez apprenti ?

J’en garde de très bons souvenirs. J’ai commencé mon apprentissage très jeune, à 14 ans (grâce à une dérogation ministérielle, l’âge minimum étant de 15 ans, NDLR). C’était une période assez difficile physiquement, parce que je suis passé d’un rythme scolaire à un rythme de travail quotidien, debout la plupart du temps, mais ce fut très riche d’enseignement. Ma relation avec mon maître d’apprentissage a été fondatrice. Il a été mon premier formateur; c’est lui qui m’a donné envie de faire ce métier. Jusqu’à présent je garde un profond respect pour lui, et il n’y a pas un jour où je ne me demande pas ce qu’il aurait fait dans telle ou telle situation.

2. Quels sont d’après vous les avantages de l’apprentissage ?

En plus de ce lien profondément humain dans le cadre du travail, l’apprentissage est une réelle ouverture au monde. Pour ma part, j’étais un peu introverti, cela m’a obligé à m’ouvrir aux autres. Cela fait mûrir aussi, on passe un réel cap. Du jour au lendemain, on a des responsabilités, il faut faire preuve de professionnalisme et de sérieux. Donc on grandit un peu plus vite que les autres. Cela étant, je ne suis passé à côté de rien. Certes, je travaillais toute la journée, mais pendant que mes camarades révisaient leur bac ou préparaient des concours, je disposais librement de mes soirées et de mes weekends. J’ai vraiment eu une très belle adolescence.

3. Que diriez-vous à un jeune apprenti qui s’apprête à entamer sa formation ?

Je ne lui dirais qu’une chose : s’il ne se sent pas investi dès le départ, il vaut mieux changer de voie ! Il faut absolument que l’envie soit présente. Si c’est le cas, rien ne l’arrêtera, pas même un problème relationnel. Après ma première expérience comme apprenti, j’avais intégré une autre entreprise. Dès les premiers jours cela s’est mal passé, je n’ai donc pas hésité à m’en aller. Il faut être sûr de soi. Contrairement à mon époque, il existe aujourd’hui des stages-découverte, qui permettent de mieux cerner son désir, de côtoyer la réalité de son projet.

4. Si vous pouviez réformer l'apprentissage en France, quelle action entreprendriez-vous ?

C’est très simple : j’opérerais une réforme profonde sur l’ensemble du système, du moment où un jeune exprime le désir de se lancer jusqu’aux démarches d’embauche. Tous les responsables politiques, quel que soit leur parti, tiennent un discours et font des choix qui vont à l’encontre de l’apprentissage. On sous-estime énormément cette filière de formation, ainsi que la main d’oeuvre en général. L’image des apprentis est ternie auprès des jeunes, mais aussi de leurs parents et des employeurs. Les démarches administratives pour employer un apprenti sont complexifiées à longueur de temps, les contrôles également. Et l’expression des jeunes est négligée. Par exemple, ma fille qui souhaite suivre un apprentissage dans le domaine des espaces verts, est freinée par le corps enseignant de son lycée, sous prétexte qu’elle est une trop bonne élève pour partir en alternance. C’est absurde. Le changement est très urgent.

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Le 29/06/2016