Rencontre avec Marlis Krichewsky, chercheur-accompagnateur au CIRPP

"Le CIRPP est une plateforme d'élaboration et d'échange d'idées extraordinaire"

Campus  : « Vous vous êtes fortement impliquée dans les activités du CIRPP depuis sa création, via le suivi d'expérimentations pédagogiques et en participant activement aux réunions de recherche. Avec le recul, quel regard portez-vous sur le CIRPP, son action et son mode de fonctionnement ? »

Marlis Krichewsky : « Pour moi, le CIRPP est une plateforme d'élaboration et d'échange d'idées extraordinaire. En comparant ce laboratoire d'innovation pédagogique aux différents labos universitaires en sciences de l'éducation que j'ai pu fréquenter ou dont je fais partie, je constate de réelles différences :

  • alors que dans les labos universitaires j’ai souvent été confrontée à un mode de fonctionnement basé sur une compétition « féroce » entre jeunes chercheurs, c’est la coopération qui domine au sein du CIRPP ;
  • le rythme y est soutenu et bouscule les habitudes universitaires ;
  • le métissage des idées y est favorisé par la diversité des chercheurs et praticiens qui s'y rencontrent. C'est très stimulant !

Deux aspects m’intéressent particulièrement dans le fonctionnement du CIRPP :

  • son caractère de « plateforme » : la forme institutionnelle retenue permet à toutes sortes de projets de prendre vie; le CIRPP structure ses projets tout en laissant beaucoup de liberté pour la création ;
  • ses « moments intenses » grâce à la qualité des échanges et des rencontres. Ce sont des temps où l’on progresse dans la compréhension des phénomènes, où des points qui semblaient disparates et contradictoires se mettent tout à coup en place et font sens. Pour un chercheur, c’est une véritable opportunité ...

Campus : « Vous avez suivi le projet « Art'itude » mené par ADVANCIA et présenté un rapport de recherche détaillé à ce sujet. Comment avez-vous vécu cette expérience ? »

Marlis Krichewsky : « Dans l’observation de cette expérimentation, la plus grande difficulté a sans doute été pour moi de porter la double casquette de chercheur et d’accompagnateur. Ayant consacré 30 ans de ma vie à la pédagogie, j’étais nécessairement impliquée affectivement et mentalement ; j’éprouvais le désir que cette équipe sympathique réussisse ce projet dans lequel elle avait investi tant d’efforts et d’imagination.

De fait, ma position de chercheur n’a pas toujours été facile. Il m’a été nécessaire tout au long du déroulement d’Art’titude, de travailler sur ma propre posture, de me distancier, de ne pas me rêver dans un rôle pédagogique, de manager ou de consultant qui n’était pas le mien.

La pédagogie abordée dans le projet Art’titude [NDLR Advancia se propose d’accompagner les étudiants en un remaniement identitaire pour devenir entrepreneur, ce que Marlis Krichewsky appelle « pédagogie transitionnelle »] semble être au cœur des réformes des politiques éducatives françaises, européennes et des grandes organisations internationales (UNESCO et OCDE).

Cette pédagogie transitionnelle cherche non pas à transformer les étudiants mais à leur fournir de quoi étayer leur processus d’enrichissement identitaire (élaborer de nouveaux « soi » possibles) à travers l’expérience vécue.