La conférence sociale doit être économique

L’économie est en récession, le chômage à des sommets historiques, les recettes fiscales en recul en dépit de la hausse des taux de prélèvement, et la France va ouvrir une conférence… sociale. Bien sûr, la réforme urgente des systèmes publics de retraite est indispensable ; mais elle n’a de sens que dans le cadre de la modernisation de notre société et de son organisation.

Notre pays doit aujourd’hui faire un profond « aggiornamento », qui passe sans doute par un large consensus. Une conférence entre les partenaires sociaux, conscients de l’urgence de la situation, est sûrement une bonne méthode pour y parvenir, encore faut-il la bonne feuille de route : appliquons tout de suite les remèdes d’urgence que la situation exige, mais traitons aussi les causes structurelles de nos difficultés qui sont largement identifiées.

L’économie française souffre d’une grave crise de compétitivité parce que le coût global du travail est devenu insupportable. Nous en sommes aujourd’hui arrivés à une situation où nous avons d’autant plus de problèmes sociaux que l’économie est en panne. La paupérisation, en particulier de la classe moyenne, s’aggravant, les points de crispation deviennent encore plus aigus.

Pour que la conférence sociale nous sorte de ce parfait cercle vicieux, elle doit se placer dans le cadre économique avec, comme priorité, la restauration de notre compétitivité. L’emploi, en particulier celui des jeunes, constitue une urgence nationale et cette conférence doit prendre la question à bras le corps en faisant preuve d’imagination et de sens des responsabilités. Sans compétitivité, et donc sans croissance, on n’arrivera à rien.

En même temps, dans notre région capitale, beaucoup d’entreprises ne trouvent pas les femmes et les hommes dont elles ont besoin, ce qui se traduit par nombre d’emplois non pourvus. Outre le manque d’efficacité, souvent relevé, de Pôle Emploi, plusieurs causes structurelles jouent : insuffisance des incitations à accepter les postes proposés, en lien direct avec un régime d’indemnisation du chômage trop large, inadéquation des formations aux besoins des entreprises pour répondre aux attentes de leurs clients en France comme à l’exportation.

Enfin, la grave crise du logement intermédiaire et le divorce entre localisation des résidences et des emplois, non seulement aggravent le chômage mais conduisent au départ de salariés qualifiés, lui-même cause de disparition ou de non création d’emplois.

La réforme des régimes de retraite, essentielle pour les comptes publics, doit être remise en cohérence avec la stratégie économique et sociale de long terme que la France doit impérativement se donner. Pour que la conférence sociale soit efficace, commençons par remettre le travail, et pas seulement l’emploi, au cœur des débats.

Plus que l’enveloppe juridique, productrice de droits, ce qui importe, c’est que chaque femme, chaque homme, s’accomplisse dans ce qu’il fait, en mobilisant tous ses talents et en inscrivant son action dans un projet collectif qui prépare la France du futur.

Que cette conférence soit enfin l’occasion d’un discours de vérité. Expliquons la nécessité et le sens des réformes. Donnons envie d’accepter le changement dans le monde d’aujourd’hui. Réalisme et enthousiasme doivent être le carburant de l’action.

Pierre-Antoine Gailly,
Président de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris Ile-de-France

Le 01/06/2013