La course aux talents : comment rester compétitif ?

Gagnés par l’appel du large, cadres supérieurs, jeunes diplômés ou entrepreneurs sont de plus en plus tentés par l’expatriation. A l’heure où la France a besoin de ses forces vives pour relancer son économie, notamment par la création d’entreprises et la recherche-développement, la CCI Paris Île-de-France a souhaité conduire une étude sur les réalités que recouvrent ces phénomènes migratoires. Au-delà des inquiétudes de court terme, la course aux talents n’est-elle pas simplement une nouvelle dimension de la mondialisation ? Le 12 mars dernier, les Entretiens Friedland y consacraient un débat.

La tendance à l’expatriation des Français s’accentue, même si le phénomène est moins marqué que dans les autres pays européens. Ainsi, la population des Français à l'étranger est estimée à 1,5 à 2 millions de personnes avec une croissance annuelle de 3 à 4 % depuis 10 ans. Mais l’idée d’un mouvement massif de fuite des talents, qui serait spécifique à la France, ne semble pas correspondre à la réalité.

« Pour réelles qu’elles soient, les motivations fiscales sont loin de représenter l’essentiel des motivations au départ de France » souligne cependant Jean-Luc Biacabe, directeur des politiques économiques de la CCI Paris Île-de-France et co-auteur de l’étude. « La situation conjoncturelle actuelle est propice au départ des jeunes diplômés mais, depuis 15 à 20 ans, les incitations positives se sont aussi multipliées. Le dispositif des VIE ou le programme Erasmus ont encouragé les jeunes à faire des séjours à l’étranger. Les entreprises privilégient également de plus en plus l’expérience internationale dans le recrutement des jeunes candidats. » Cela dans un contexte où, construction européenne oblige, plus de la moitié des mouvements d’expatriation se fait vers des pays européens.

L’expatriation est aussi en train de changer de nature. Les entrepreneurs y sont plus nombreux. Un Français sur 5 qui s’expatrie part pour créer une entreprise. Les durées d’expatriations s’allongent également. Les séjours de plus de 10 ans représentent 38 % des expatriations (contre 27 % en 2005).

« Nous sommes en présence d’une rupture qui est plus structurelle que conjoncturelle, un mouvement qui ne fera que croitre dans les années à venir » souligne Jean-Luc Biacabe.

Si la France peine à retenir ses talents, elle se classe en revanche au 3e rang mondial pour l’accueil d’étudiants étrangers avec 260 000 étudiants reçus chaque année. « Elle n’attire pas seulement des jeunes mais aussi des chercheurs et des professeurs » rappelle Xavier Cornu, directeur général adjoint chargé de l’enseignement, la recherche et la formation à la CCI Paris Île-de-France.

Un levier économique

Au-delà de cette étude, la CCI Paris Île-de-France souhaite établir une « feuille de route » pour permettre à notre pays, lancé dans la compétition mondiale des talents, de tirer profit des nouveaux phénomènes migratoires, en capitalisant notamment sur les atouts que peuvent représenter la population française à l’étranger.

« Les Français expatriés doivent être considérés comme un vivier de recrues potentielles pour les entreprises françaises. Nous devons aussi porter une réelle attention à ces communautés et faire en sorte qu’elles deviennent un réel levier économique » a conclu Jean-Yves Durance, vice-président de la CCI Paris Île-de-France, en annonçant la mise en place prochaine d’un baromètre des Français de l’étranger.

Consulter l'étude de la CCI Paris Île-de-France Les Français à l'étranger - L'expatriation des Français, quelle réalité ?

Le 01/03/2014