Une crise peut en cacher une autre

Si la crise actuelle a mis en lumière les excès d’une économie de plus en plus «financiarisée», les difficultés de notre industrie se situent ailleurs. Un constat majoritairement partagé par les différents invités du Club Éphémère réunis le 20 juin dernier.

La crise a mis en évidence les faiblesses de certains Etats en Europe et plus particulièrement celles de la France. C’est pourquoi, selon Bertrand Collomb, le président d’honneur du Groupe Lafarge, « Nous devons régler nos propres problèmes. Ils viennent du manque de compétitivité, du manque d’attractivité de notre territoire, lié en partie au coût du travail et à l’absence de flexibilité. Notre société est aussi culturellement moins ouverte à l’innovation. »

« La crise révèle également les faiblesses de l’industrie française par rapport aux pays de l’Europe du Nord » souligne Pierre-Noël Giraud, professeur d’économie à MINES ParisTech. « Il faut combler notre écart avec l’Allemagne. Nous sommes passés d’un excédent de l’industrie manufacturière de 25 Mds d’euros par an en 2000, à un déficit de 25 Mds aujourd‘hui. Si l’on s’imagine que l’on peut régler tout cela avec LVMH d’un côté et Airbus de l’autre, on se trompe totalement. Le luxe et le high-tech ne représentent en effet que 18 % de l’emploi industriel en France ».

Toutefois, dans une économie de plus en plus portée par la production de services, la désindustrialisation n’entraîne pas nécessairement une baisse de croissance, insiste David Thesmar, professeur de finance à HEC.

Pour Pierre-Noël Giraud, la problématique se situe ailleurs : « nous n’avons pas suffisamment, sur notre territoire, d’activités de biens ou de services « nomades » c’est-à-dire, tournés vers l’export ». Ce sont ces activités nomades qui nous permettront de payer nos importations. Leur développement aura également un effet d’entraînement sur les activités « sédentaires », orientées vers notre marché intérieur.

Une distinction qui recoupe le constat fait récemment par Jean-Louis Beffa entre métiers mondiaux et régionaux et qui fut illustrée lors de la réunion par Elisabeth Ducottet, membre de la CCI Paris Ile-de-France et PDG de l’entreprise Thuasne, spécialisée dans la fabrication de textiles à haute valeur ajoutée pour le secteur médical et sportif. « Nous vendons une solution thérapeutique, c’est-à-dire simultanément un produit et un service de qualité. Pour cela, nous avons développé un business model européen compétitif qui nous permet de préserver les emplois industriels dans la région de Saint-Etienne grâce au développement d’une base de production en Roumanie. »

 

Le 01/06/2013