L'entreprise, un nouveau territoire de santé ?

Guillaume Sarkozy, délégué général du Groupe Malakoff Médéric était, le 21 février dernier, l’invité du Club Entreprises La Tribune/CCI Paris Île-de-France sur le thème « L’entreprise : un nouveau territoire de santé ». Comment contenir la hausse constante des dépenses de protection sociale et de santé ? Le patron du premier groupe paritaire et mutualiste de protection sociale en France plaide notamment pour une gestion de plus en plus individualisée des risques et une responsabilité accrue de l’entreprise en matière de prévention.

La santé et la protection sociale représentent à elles seules plus de la moitié de la dépense publique en France, souligne Guillaume Sarkozy. « Or, si rien n’est fait, l’ensemble des régimes de retraite va atteindre un déficit annuel de l’ordre de 20 milliards d’euros et la sécurité sociale, un déficit de l’ordre de 15 milliards d’euros. C’est donc entre 35 et 40 milliards d’euros qu’il faudra financer tous les ans. »

Urgence sur les retraites

Sur le front des retraites, le délégué général du Groupe Malakoff Médéric tire la sonnette d’alarme. « Avant de régler les retraites de 2050, il faut d’abord s’occuper des retraites de 2020. Commençons par régler les choses dans le bon ordre. »

Le régime général cumulera, d’ici la fin de l’année, 200 milliards de dettes et les régimes de retraites complémentaires ne sont pas mieux lotis, rappelle Guillaume Sarkozy : « Ces régimes perdent de l’argent. Les prévisions sont négatives puisque l’ARGIC n’aura plus de réserve en 2017 et l’ARCO en 2021… »

Blocage des retraites, hausse des cotisations, introduction de coefficients d’abattement liés à l’âge ? Quelles que soient les orientations choisies, « il est urgent que des décisions soient prises dès 2014 ou 2015. Faute de quoi nous allons au-devant de problèmes majeurs » selon le délégué général.

Génome et big data

Le « bulletin de santé » de la Sécurité sociale (7 milliards de déficit en 2013) demeure lui aussi préoccupant : « Si rien n’est fait, d’ici 2020 la CNAM perdra chaque année 15 milliards d’euros… Le seul moyen de s’en sortir, ce n’est pas d’augmenter sans cesse les cotisations, mais d’adopter d’autres attitudes. »

Sur le court terme, il faut, selon Guillaume Sarkozy, développer et élargir le champ d’intervention des réseaux de soin : « Dans le secteur optique, ces réseaux permettent de réaliser parfois jusqu’à 30 % d’économie sur la lunetterie. »

La maîtrise des dépenses passe également par une meilleure connaissance des risques individuels (exploitation de bases de données, analyse du génome humain), des campagnes de prévention plus ciblées et une approche individualisée des soins. « C’est important puisque environ 70 % des risques de santé sont liés soit au génome, soit à des facteurs environnementaux. »

L’entrepreneur, médecin malgré lui ?

L’entreprise a également un rôle essentiel à jouer dans le domaine de la santé, souligne le délégué général du Groupe Malakoff Médéric : « Il faut installer dans les entreprises de véritables politiques de prévention. Sauvegarder une protection sociale forte tout en reconnaissant l’individu, c’est une responsabilité de l’entreprise que l’on ne peut pas occulter. »

La protection sociale représente dans l’entreprise la même part que les salaires nets, rappelle Guillaume Sarkozy. « Cette réserve de productivité considérable est encore inexploitée. On va s’orienter vers une politique de protection sociale co-active entre l’entreprise et le salarié. Il n’y a pas d’autres solutions pour s’en sortir » conclut le délégué général du Groupe Malakoff Médéric.

Le 01/02/2014