Le capitalisme ? même pas mort

C’est, en substance, ce qu’ont voulu exprimer, chacun à leur manière Phillip Blond, directeur du think tank ResPublica et Pierre-Yves Gomez, professeur de stratégie à l’Ecole de management de Lyon lors du deuxième rendez-vous du Club Ephémère organisé le 27 mars dernier sur le thème « Ethique et dynamique du capitalisme ».

Karl Marx n’a qu’à s’en retourner dans sa tombe. Même après des décennies de crises, le capitalisme que l’on croyait moribond n’a pas dit son dernier mot… et si nos économies parfois s’empoisonnent, n’est-ce pas le capitalisme lui-même son propre antidote ?

Small is beautiful 

Certes le constat est amer. Pour Phillip Blond, le capitalisme est de plus en plus concentré par une minorité d’élites. La classe moyenne se paupérise et une grande partie de la population est tributaire de l’assistance publique et d’un système étatique omnipotent.

« La crise n’est pas une fatalité. Il faut retrouver un écosystème économique qui permette à la fois la création et la redistribution des richesses. Ce n’est pas de la théorie. Nous avons connu par le passé en Europe un tel écosystème, durant les 30 glorieuses notamment, un système dans lequel la sphère publique et la sphère privée avaient chacune leur rôle, chacune corrigeant les défauts de l’autre ».   

Mais les solutions à la crise ne passent ni par des plans d’austérité, ni par des plans de relance selon l’inspirateur de la politique de David Cameron et de la «Big society».

« Il faut favoriser l’émergence d’un capitalisme populaire et le développement des petites entreprises qui demain assureront une bonne partie de notre croissance. L’Etat doit aussi accepter de se décharger de certaines missions, en donnant mandat par exemple à des systèmes coopératifs locaux dans lesquels les citoyens puissent s’investir. Le but est de "désadministrer" les services publics afin d’en réduire les coûts, de les rapprocher des besoins de leurs bénéficiaires et de les rendre plus efficaces. Les premières expériences menées en ce sens en Grande-Bretagne sont concluantes ». Small is beautiful. Isn’t it ? 

A la recherche du paradigme perdu

Au pays du capitalisme, les choses ne tournent plus vraiment très rond non plus, pour Pierre-Yves Gomez.

« Les crises sont constitutives du capitalisme. Il y a des moments où l’accumulation de capital réel et l’accumulation de capital financier avancent ensemble au même rythme, d’autres, en temps de crise, où ils divergent comme c’est le cas en ce moment. Une grande promesse a été faite à l’après-guerre, celle d’une rente sociale généralisée. Tout le monde avait droit à une retraite, à des indemnités chômage. Mais à partir des années 80, pour assurer le financement de cette rente, on a détourné l’épargne des ménages  vers les marchés financiers. Et pour satisfaire les exigences de profits à court terme, l’économie s’est de plus en plus financiarisée au dépend de l’économie réelle. Il faut revenir à une situation d’équilibre, que les deux roues de la charrette avancent en même temps. Je ne suis pas sûr que nous soyons en train de sortir du capitalisme. Le capitalisme est très mobile et il va s’adapter. Mais nous devons retrouver un sens commun à l’économie, remettre la création de valeur par le travail au centre du système » estime Pierre-Yves Gomez. Un retour au paradigme perdu en quelque sorte qui est au coeur de son dernier ouvrage Le travail invisible : enquête sur une disparition (François Bourin Editeur, 2013).

Parfois divergents dans leurs analyses, les deux invités du Club Ephémère en appellent tous les deux cependant, non pas à la révolution mais plus à une évolution du système.

« Il nous faut remettre en question nos valeurs en matière d’économie et de société. Si l’on reste planté là avec nos vieilles idées, on ne s’en sortira pas » estime Phillip Blond.

Le 01/04/2013