Faut-il avoir peur de la maison UBER ?

Six ans après sa création, l’entreprise californienne continue de disrupter l’ordre établi de la mobilité urbaine à travers le monde, attirant de plus en plus d’adeptes tout en interpellant les édiles locaux, le législateur et les professionnels du transport. Thibaud SIMPHAL qui a rejoint UBER France comme directeur général il y a près d’un an, était l’invité du Club Entreprises La Tribune/CCI Paris Île-de-France, le 13 février dernier.

« J’ai toujours essayé d’appliquer la technologie au monde réel » souligne Thibaud SIMPHAL.

De l’application ubiCabs, qu’il a lancée à Londres, à UBER, le lien était sans doute tout trouvé. Mais c’est bien l’élan entrepreneurial et l’esprit visionnaire de Travis Kalanick – l’homme qui valait 40 Mds de dollars - qui ont emporté l’adhésion du jeune dirigeant champenois. « Ce qui intéresse le fondateur d’UBER, c’est de créer et d’inventer en pensant déjà à la mobilité en ville dans cinquante ans. Cette vision associée à une qualité d’exécution est phénoménale ».

Parti de San Francisco, il y a tout juste 6 ans, le pure player du transport individuel a très vite conquis le monde. Présente dans 60 pays et 270 villes (contre une centaine, il y a à peine 6 mois !), l’entreprise génère aujourd’hui, grâce à sa plate-forme en ligne, plus d’1 million de trajets par jour (soit environ 1,3 million de personnes transportées dans le monde). UBER compte déjà en France 4 000 chauffeurs professionnels et plus de 1 000 conducteurs pour le service UberPop.

Une ascension fulgurante qui dérange les positions existantes, reconnait Thibaud SIMPHAL. « Il y a un débat d’idée qui est réel : qui a le droit de transporter qui, comment, dans quelles conditions et pour combien d’argent ? Nous pouvons avoir un débat juridique à l’infini sur le sujet mais pour moi, ce n’est pas le cœur du débat. Le cœur du débat, c’est : quel monde voulons-nous construire aujourd’hui et demain. On ne peut pas attendre pendant des années pour voir quel cadre réglementaire les villes vont vouloir mettre en place. Nous voulons aller vite parce que le monde change brutalement ! ».

Complémenter un système défaillant

En 1937 à Paris, il y avait 14 000 taxis.  En 2014, il y en 17 000 alors que la population parisienne a été multipliée par trois rappelle Thibaud SIMPHAL le dirigeant d’UBER France. Pour lui, des acteurs comme UBER, mais aussi Blablacar sont là pour « compléter un système qui est déjà défaillant et qui va l’être de plus en plus ».

Le modèle proposé par les nouveaux acteurs du transport est innovant mais doit sans doute être accompagné et articulé avec l'offre de taxis traditionnelle.

Pour mémoire, dans une étude publiée en 2014 (*), la CCI Paris rappelait la nécessité de moderniser et de développer le service de taxi parisien existant en ayant notamment recours aux nouveaux usages du numérique (smartphone, internet) ou en favorisant les véhicules propres.

Dans le même temps souligne Thibaud SIMPHAL, 5 millions de véhicules dans le Grand Paris sont immobilisés à 95 % du temps dans la journée. A l’instar de Londres, de plus en plus de grandes métropoles européennes sont également tentées de rejeter à leur tour la voiture individuelle hors des centres-villes.

Si cette idée fait son chemin, elle doit nécessairement être accompagnée de solutions alternatives adaptées aux besoins de tous les usagers selon Thibaud SIMPHAL, qui appelle à une vraie prise de conscience des acteurs publics et privés sur le sujet à l’image de ce qui s’est fait en Finlande: « beaucoup de gens en Île-de-France n’ont pas assez d’options ou alors elles sont trop chères ou pas assez accessibles après une heure du matin ».

Au-delà du transport individuel, Thibault SIMPHAL rêve d’un monde où un UBER ou un Blablacar pourrait dans un proche avenir mettre à disposition des mini-bus à moteur propre qui sillonnent la ville en permanence pour prendre ou déposer des passagers et de la manière la plus économique possible.

« Il faut investir dans  l’innovation radicale » conclut le directeur général d’UBER France.

(*) CCI Paris « Priorité au dynamisme économique de Paris - Nos paris pour Paris» février 2014

Le 20/02/2015