France : état d'urgence

Six ans après le début de la crise, la France ne s’est toujours pas réformée en profondeur, selon l’économiste et chef d’entreprise Denis Kessler, pour qui il est grand temps de réagir. Le PDG du Groupe SCOR participait, le 13 novembre dernier, à la soirée de clôture du Club Ephémère aux côtés de Jean-Marc Daniel, professeur d’économie à ESCP Europe, et de Pierre-Antoine Gailly, président de la CCI Paris Île-de-France.

« Il n’y a pas de crise, mais un changement permanent » souligne Jean-Marc Daniel, professeur d’économie à ESCP Europe en faisant la synthèse des précédents débats. Il nous faut lire cette nouvelle économie autrement : «L’enjeu, ce n’est plus de produire l’acier de 1880 ou les voitures de 1930. L’enjeu, c’est de produire les prix Nobel de 2050 ! ».

« Ce qui est nouveau, ce n’est pas que les entreprises soient en concurrence les unes avec les autres au niveau mondial car beaucoup d’entreprises se sont internationalisées. Mais c’est la première fois dans l’histoire que nous assistons à une concurrence généralisée entre Etats-nations. Les systèmes fiscaux, économiques, éducatifs et sociaux entrent en résonance les uns avec les autres » constate, pour sa part, Denis Kessler.

« La France arrive toujours en retard »

« La France arrive, la France arrive toujours… la France arrive toujours en retard disait Voltaire […]. On fait des ajustements à la marge, des plans de crise, des plans d’urgence, mais jamais on entreprend une refondation globale de la sphère publique » poursuit Denis Kessler.

Le président de la CCI Paris Île-de-France, Pierre-Antoine Gailly, regrette à cet égard le décalage entre la sphère économique et la sphère publique : « A travers la crise, les entreprises, et notamment les grands groupes, ont su s’adapter vite et efficacement, souvent d’ailleurs en renforçant leurs positions à l’international. Le monde politique et institutionnel n’a pas su évoluer au même rythme. C’est un enjeu de progrès important pour notre pays, d’ailleurs mis en évidence par la plupart des économistes. »

Priorité au système productif

« Il faut un extraordinaire reengineering de notre organisation collective qui donne la priorité à notre système productif » souligne le président du groupe SCOR. « Un retour à des finances publiques en ordre est une condition sine qua non pour récupérer un peu de marges de manœuvre. En économie, il y a une règle d’or : qui a l’or fait la règle ! Quand on a 1 900 milliards d’euros de dette, qu’est-ce que vous voulez- faire? »...
 
«Le véritable enjeu de la France, c’est d’être capable de mobiliser son épargne pour préparer son avenir» estime pour sa part Jean-Marc Daniel. Le principe de précaution pénalise aussi notre économie, selon Denis Kessler. « Il faut adapter la réglementation et la fiscalité pour encourager la prise de risque, et non la sanctionner ».

« L’objectif du club Ephémère, a souligné le président de la CCI Hauts-de-Seine, Jean-Yves Durance, en saluant la réussite de ces rencontres, était de réunir des gens d’horizons différents, issus aussi bien du secteur public que du secteur privé, pour partager une analyse en profondeur des causes très diverses de ce qui est plus qu’une crise : une mutation ». Pour la CCI Paris Île-de-France, avancer dans le sens d’une vision mieux partagée doit aider à la mise en place de réformes ambitieuses. Un terrain sur lequel le président Gailly s’est dit, pour conclure, très attentif aux comportements et aux attentes de la génération des trentenaires, fer de lance de l’évolution de notre pays vers la nouvelle économie.

 

- Retrouvez les vidéos des précédents débats du Club Ephémère.

Le 01/11/2013