Reprise d’entreprise : mode d’emploi

Vous souhaitez abandonner le salariat pour devenir votre propre patron ? Ou, déjà chef d’entreprise, vous voulez accélérer le développement de votre activité ? Lancez-vous, reprenez une entreprise !

Reprendre une activité permet de gagner du temps en s'appuyant sur l'existant, qu'il s'agisse d'une notoriété, d'un savoir-faire interne, d'un portefeuille clients… Mais cela ne s’improvise pas. Retrouvez les conseils de Branka Berthoumieux, responsable reprise-transmission à la CCI Paris Île-de-France, pour réussir votre reprise d’entreprise étape par étape.

 

1-Définissez votre projet

Avant de démarrer votre recherche, il est indispensable d’engager une réflexion sur vos motivations et objectifs, ainsi que sur vos points forts et vos points faibles. « En donnant des bases solides et précises à votre projet, vous gagnerez en efficacité pour les étapes suivantes. »

Quel secteur d’activité vais-je cibler ? Quelle taille d’entreprise ? « L’absence d’identification précise d’une cible peut conduire à un échec. »

Ai-je les compétences pour diriger une entreprise ? Dans ce secteur en particulier ? Si ce n’est pas le cas, vous devrez vous former. N’hésitez pas à vous rapprocher de votre CCI et/ou de l’organisation professionnelle concernée.

Vous devez aussi savoir où vous en êtes sur le plan financier. De quelles ressources financières je dispose ? Puis-je supporter une baisse de mes revenus ? Mais il ne faut pas non plus négliger des questions plus personnelles. Suis-je prêt à déménager ? Quel temps de travail suis-je prêt à consacrer à ma future activité ?

Pour bien reprendre une entreprise sur tous ses volets (financiers, fiscaux, juridiques…), il faut s’entourer de spécialistes dès la phase de préparation. « Nous proposons donc aux repreneurs une offre d’accompagnement dédiée : aide au montage du projet, définition du profil de l’entreprise cible, bourses d’opportunités, mises en relation… »

2-Ciblez votre recherche et sélectionnez des entreprises

Il est essentiel d’identifier précisément le type d’entreprises que vous recherchez, en vous appuyant sur vos aspirations, votre expérience et vos points forts.

Soyez méthodique
Rédigez une fiche synthétique de votre projet à communiquer sans restriction. Rapprochez-vous des CCI de vos régions cibles et rencontrez leurs équipes reprise-transmission. Rejoignez aussi des clubs de repreneurs. Et bien sûr, consultez et créez des alertes sur les bourses d’opportunités (Transentreprise, Bpifrance…).

Soyez sélectif
Eliminer rapidement les dossiers sans intérêt pour vous. « Si vous êtes bien préparé, vous avez une idée précise de votre cible : activité, localisation, taille… Si un dossier n’entre pas dans ce cadre, n’insistez pas ! Abandonnez et poursuivez vos recherches. »

Soyez séduisant !
Lorsqu’une entreprise vous intéresse, rencontrez le dirigeant en ayant préparé les sujets à aborder. Votre objectif est de recueillir le maximum d’informations, mais aussi de faire bonne impression pour rester dans la course des repreneurs. Il est donc important de mettre en avant votre avantage concurrentiel (compétences, expériences, qualité de votre apport…).

« Le cédant a souvent passé une partie de sa vie à développer cette activité. Il ne vend donc pas un bien lambda mais presque une partie de lui-même. Vous devez le rassurer quant la pérennité de son entreprise ». Si cette première approche est concluante, il faut alors enclencher l’analyse de la faisabilité de l’opération.

3-Diagnostiquez et évaluez l’entreprise

Le diagnostic consiste à rassembler les informations nécessaires pour prendre une décision, puis définir le business plan et le montage juridique et financier.

Passez l’entreprise au crible
Cherchez d’abord à comprendre l’activité et le marché de l’entreprise : ses clients, mais aussi l’environnement concurrentiel. Décryptez ensuite son organisation : les hommes (effectifs, qualifications, pyramide des âges…), les matériels (locaux, machines, véhicules, système informatique…) et les savoir-faire. Enfin, venez-en aux finances : chiffre d’affaires, rentabilité, endettement…

Il arrivera sans doute un moment où le cédant vous demandera une lettre d’intention qui formalisera votre volonté d’aller plus loin dans l’étude du rachat de son entreprise et fixera un calendrier.

Et le prix ?
Même si ce point est évidemment important, il est secondaire par rapport à votre motivation et à l’adéquation entre vous et l’entreprise. « Il faut par ailleurs avoir une approche globale de la valeur de l’entreprise en vous projetant dans l’avenir. Le potentiel futur de l’entreprise est beaucoup plus important que le prix que vous allez payer à la signature. »

Pour autant, vous devez évaluer l’entreprise pour apprécier le prix demandé par le cédant.

4-Montez votre plan de reprise

Les formes de reprise les plus courantes sont soit le rachat d’actifs ou du fonds de commerce (clientèle, équipements, contrats, stocks) appartenant à l’entreprise, soit le rachat de titres qui consiste à acheter les actions ou parts de la société cible.

Vous pouvez acheter l’entreprise soit en direct, soit au travers d’une holding. Dans ce cas, il faudra créer cette structure. Entreprise individuelle, EURL, SARL, SAS, SA, SNC ? « Le statut juridique choisi aura des conséquences fiscales et sociales qu’il faudra examiner avec attention. »

Réalisez votre business plan
Le business plan vous permettra de confirmer la viabilité de votre projet. Et ce sera l’outil utilisé par les financeurs pour vous accorder, ou non, le prêt. Il devra contenir :

  • Votre profil : compétences, connaissance du secteur, apports…
  • Votre projet : type de rachat, structure juridique
  • La présentation détaillée de l’entreprise : actifs, moyens d’exploitation, personnels…
  • L’offre de produits ou services
  • La concurrence actuelle et à venir
  • Votre stratégie de développement
  • La situation financière de l’entreprise, le prévisionnel et le montage financier de l’opération
  • Un calendrier des étapes de la reprise.

Trouvez les financements nécessaires
« Bien que les banques soient des acteurs incontournables, ce ne sont pas les seuls interlocuteurs à solliciter. Recherchez vos financements dans un ordre précis : du plus proche au plus éloigné ». Mobilisez d’abord vos propres fonds : on ne prête rien à celui qui ne risque pas son propre argent. Tournez-vous ensuite vers votre entourage familial et amical.

Ne négligez pas les prêts d’honneur qui peuvent aller jusqu’à 40 000 €. Il y a 2 canaux principaux : les plateformes locales du réseau Initiative France et le réseau Entreprendre. Vous pouvez également solliciter des fonds de capital-investissement.

L’apport des banques peut représenter jusqu’à 70 % du coût d’acquisition. Vous devez donc préparer un dossier solide et convaincant avant de les solliciter : « la qualité du business plan devra être irréprochable ! ». Enfin, les solutions proposées par Bpifrance (garanties, prêts ou investissements) pourront compléter de manière très efficace les apports des banques et investisseurs.

5-Conclure l’affaire

Il vous faut désormais négocier la vente et conclure la reprise.

Le protocole d’accord
Ce document précise les conditions de réalisation de la cession et engage les deux parties. Vous entrez donc en négociation active avec votre vendeur. L’objectif étant d’aboutir à un accord sur ce qui est acheté, le prix, les conditions suspensives (audit, financement…), le calendrier et la garantie d’actif et de passif.

« Une rédaction méticuleuse du protocole et de la garantie de passif est primordiale pour éviter les malentendus et les conflits par la suite. »

Entre la signature du protocole d’accord et celle de l’acte de cession, il se passera quelques semaines pour réaliser l’audit de l’entreprise, rassembler les financements et monter la structure juridique adaptée.

Réalisez l’audit
Il vous permettra de vérifier la réalité des informations communiquées, bases de votre décision et de la construction de votre business plan. « C’est votre dernière chance de détecter quelque chose qui cloche ! ».

Rassemblez les financements
Le bouclage n’est assuré que lorsque la banque accepte de financer la part qui lui revient. Ceci permettra de lever la condition suspensive relative au financement. Vous saisirez donc les banques dès que vous aurez les accords des autres financeurs. Il leur faudra au moins 3 semaines pour vous adresser une offre ferme.

Les délais sont allongés lorsqu’il y a une intervention des banques en pool, ou dans le cas d’une association avec un investisseur en capital développement.

Montez la structure nécessaire
En cas de rachat d’un fonds de commerce ou de titres par une holding, vous devrez aussi créer cette société. Les formalités ont été simplifiées, mais il faut toujours compter quelques jours pour obtenir le formulaire Kbis établissant définitivement la société aux yeux des tiers.

L’acte de cession
Il faut désormais passer à la signature de l'acte de cession. Réalisé devant notaire, avocat ou sous seing privé, les mentions et actes varient en fonction de ce que vous rachetez (actions, parts ou fonds de commerce). Une fois la vente signée, il restera encore un certain nombre de formalités à accomplir.

Le principal reste maintenant à faire : réussir votre entrée dans l’entreprise et commencer votre vie d’entrepreneur !

En savoir plus sur nos services d’aide à la reprise :

Le 07/11/2019