Nous préparons la mobilité du futur

L'interview du mois : Marc Charlet - directeur du Pôle de compétitivité Mov'eo
Des véhicules plus propres, plus sûrs et de plus en plus intelligents… L’industrie automobile, en pleine mutation, entame une nouvelle révolution. Face à ces nombreux défis, l’écosystème francilien de l’innovation ne manque pas d’atouts pour aider les entreprises de la filière à gagner la bataille de la compétitivité, tant sur le plan technologique qu’économique. Rencontre avec Marc Charlet, le directeur du pôle de compétitivité Mov’eo.

Vous avez pris, il y a deux ans, la direction de Mov’eo. Quelle est la vocation de ce pôle de compétitivité et à qui s’adresse-t-il plus spécifiquement ?

Mov’eo est implanté en Île-de-France et en Normandie, berceau historique de l’industrie automobile française. On y trouve de nombreux centres de production liés à cette activité. Ce territoire concentre également plus de 70 % des capacités de recherche sur l’automobile et la mobilité. La vocation de notre pôle de compétitivité est de faire travailler ensemble sur la mobilité du futur les principaux acteurs de cette filière stratégique – les grands groupes, les ETI, les PME, les start-ups, les laboratoires de recherche, les universités et les centres de formation. Notre réseau associe aujourd’hui plus de 40 grands groupes, plus de 200 PME et start-ups, plus de 40 établissements de recherche et d’enseignement supérieur et plus de 30 collectivités. Le pôle travaille lui-même dans une logique d’écosystème, notamment avec les autres pôles de compétitivité, l’Institut VEDECOM, la Plateforme automobile (PFA) ou des ARIAS (Associations régionales de l’industrie automobile) telles que le RAVI, animé par la CCI Paris Île-de-France.

Préparer la mobilité du futur, cela veut dire quoi concrètement ?

C’est être en capacité de concevoir des moyens de transport plus sûrs, plus propres et plus intelligents. Pour faire face à ces nombreux défis et gagner en compétitivité, les entreprises de notre territoire ont tout intérêt à développer des synergies. Notre rôle est de faire en sorte que tous les acteurs de cet écosystème puissent se rencontrer plus facilement, échanger leurs idées, bénéficier de leurs compétences respectives et monter, ensemble, des projets collaboratifs de recherche et de développement.
Le pôle de compétitivité MOV’EO labellise certains de ces projets, ce qui facilite l’accès à des co-financements publics et privés. Nous accompagnons également nos membres dans la mise sur le marché de leurs produits et services ou dans leur développement à l’international.

Il y a dix ans, l’apparition du premier smartphone a bouleversé les usages du téléphone. Avec l’intégration de plus en plus poussée des technologies numériques et l’émergence des véhicules autonomes, l’automobile n’est-elle pas en train de faire, à son tour, sa propre révolution ?

Le numérique ouvre d’énormes possibilités et opportunités pour l’automobile et, d’une manière plus générale, pour tout ce qui touche à la mobilité et aux transports. Cela bouleverse les usages, les comportements et ouvre un champ des possibles sur lequel nous travaillons. Beaucoup d’acteurs se positionnent en effet aujourd’hui pour inventer le « cockpit du futur », celui qui équipera les véhicules  autonomes. 50 % des projets de R&D que nous accompagnons concernent précisément la mobilité connectée, la mobilité autonome et les nouvelles solutions de mobilité liées à l’intégration du numérique.

L’automobile reste néanmoins un secteur où l’évolution se fait étape par étape. De nombreux systèmes d’assistance à la conduite commencent cependant à arriver sur des véhicules de série. Progressivement, grâce à ces systèmes embarqués intelligents, le conducteur va pouvoir déléguer de plus en plus de taches de conduite à la machine.

On parle beaucoup sur ce sujet de Tesla ou de Google. Et nos entreprises dans tout cela ?

Les constructeurs et les équipementiers français sont bien positionnés dans cette course aux véhicules autonomes mais aussi aux véhicules propres. L’enjeu, pour nos entreprises, c’est d’être en mesure de proposer à la fois des solutions fiables mais aussi d’en réduire les coûts pour pouvoir offrir ces systèmes à un nombre de clients plus important et dans toutes les conditions d’usage.

A cet égard, l’écosystème de l’innovation que nous animons en Île-de-France et en Normandie fait ses preuves. Il produit des projets qui peuvent aller jusqu’au marché, qui génèrent de la valeur et qui sont compétitifs par rapport à ce qui est développé dans les autres pays. C’est clairement notre raison d’être de maintenir cet ancrage de R&D sur ces territoires.

La R&D n’est-elle pas cependant l’un des maillons faibles de nos PME ?

Certes, beaucoup d’entreprises très industrielles ont des efforts à faire dans ce domaine, mais je ne suis pas entièrement d’accord avec ce point de vue. Les 220 PME que nous accompagnons sont toutes des PME de haute technologie qui intègrent la R&D dans leur ADN, même si elles n’ont pas les mêmes moyens que les grands groupes. L’un des rôles de Mov’eo, c’est précisément de les mettre en relation avec les bons laboratoires de recherche et les bons interlocuteurs qui pourront les appuyer dans ce domaine. Nous encourageons également ces entreprises à se rapprocher dans le cadre de groupements de PME. L’idée est de faire travailler sur une même thématique des entreprises qui ont des compétences complémentaires. Cette forme de business collaboratif permet à ces entreprises de s’adresser à des marchés sur lesquels elles n’auraient jamais pu se positionner toutes seules. Nous les aidons à construire leur chaîne de valeur commune puis à proposer à leurs clients une offre globalisée regroupant les compétences de chacune d’entre elles. Nos six groupements réunissent actuellement une trentaine de PME et génèrent pour ces entreprises un CA additionnel de plus de 1,5 millions d’euros par an.

Le pôle de compétitivité Mov’eo et la CCI Paris Île-de-France ont signé il y a quelques mois un accord de partenariat en faveur de la filière automobile.  Quels sont vos projets en la matière ?

L’objectif est de coordonner le plus efficacement possible nos interventions en faveur de la filière en optimisant nos compétences respectives en matière d’accompagnement des entreprises. Nous travaillons également ensemble sur deux projets importants pour la filière. Le pôle Mov’eo est ainsi associé à la réflexion sur le projet de hub industriel autour de Flins et Poissy porté par la CCI Versailles-Yvelines.

Nous travaillons également à un rapprochement entre le pôle de compétitivité Mov’eo et le RAVI (Réseau Automobilité et Véhicules en Île-de-France), animé par la CCI Paris Île-de-France. L’idée est de pouvoir regrouper ces deux entités pour agir respectivement sur les deux piliers de la compétitivité de nos entreprises : d’un côté, l’innovation et de l’autre, la performance industrielle. Nous sommes dans un secteur en pleine mutation dans lequel beaucoup de choses restent à inventer. C’est donc un métier passionnant que d’accompagner les acteurs de la filière dans cette démarche. Nous sommes très fiers de pouvoir participer, en relation avec tous nos partenaires, dont la CCI,  à cette belle aventure.

  • 2 territoires d’excellence où se concentrent 70 % de la R&D automobile
  • Près de 400 membres dont plus de 200 PME
  • Plus de 100 experts technologiques
  • Plus de 200 projets labellisés et financés représentant 1,5 milliard d’euros d’investissements
  • 50 M€ de fonds levés par les PME
  • Plus de 500 emplois créés dans les PME membres

 

 

Le 22/02/2017