De ChinPass à NouNou : les tribulations d’un franco-coréen en Chine

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L’apprentissage du mandarin est-il un atout majeur pour développer ses affaires en Chine ? C’est en tout cas la conviction de Charles Bark. Formé à l’Université technologique de Compiègne puis à HEC, ce jeune ingénieur franco-coréen implanté à Shanghai a créé, il y a 10 ans, le programme de formation Chinpass, un véritable kit de survie linguistique axé sur le jeu et les mises en situation dans le quotidien. Observateur attentif des évolutions de notre société, il s’apprête également à lancer, après trois années de recherche, un nouveau projet technologique axé, cette fois ci, sur l’accompagnement à distance des personnes âgées à domicile via un robot compagnon de santé intelligent connecté.

« L’objectif de Chinpass est d’aider des personnes qui travaillent pour des entreprises en relation avec la Chine à parler plus facilement le chinois. Nous nous adressons principalement à des sociétés déjà installées dans le pays, mais aussi à des entreprises qui envisagent de le faire », explique Charles BARK. L’entreprise répond aussi à des besoins ponctuels. Elle a ainsi formé les cadres de l’équipe olympique française lors des JO de Pékin en 2008.

« Notre programme associe 72 h de face à face avec un professeur et 100 heures d’e-learning basé sur un jeu 3D qui reproduit les principales scènes du quotidien en Chine, y compris dans la vie professionnelle. L’objectif est d’apprendre assez vite les premières bases de la langue en s’amusant et en s’immergeant dans la vie réelle. Nous proposons également des niveaux intermédiaires ou avancé pour les personnes qui souhaitent se perfectionner. 8 millions de personnes à travers le monde utilisent également Quickspeaker, notre  application dédiée aux tablettes et smartphones déclinée en 8 langues ».

De Gif-sur-Yvette à Shanghai

L’aventure Chinpass a démarré, non pas à Shanghai où l’entreprise s’est installée il y a  dix ans, mais à… Gif-sur-Yvette et plus précisément au cœur d’Incub’Alliance. Fondé par le CNRS, l’Incubateur Technologique du Campus Paris Saclay, implanté à présent à Orsay, associe de nombreuses entreprises, des centres de recherche et de grandes écoles  d’enseignement supérieur dont HEC Paris

«  J’ai suivi au sein de cette école un Mastère en Conseil stratégique et conduite du changement qui associe des cours à HEC et à Oxford. Cela m’a beaucoup aidé dans mon projet  entrepreneurial. Je développe en effet des produits très high-tech et innovants qui sont au cœur de cette approche. L’objectif est d’aider les entreprises à mieux s’adapter à un environnement technologique ou de services en pleine évolution en appréhendant le changement dans ses différentes composantes, sur le plan stratégique, organisationnel et humain dans une société en perpétuels changements ».

Pour réussir en Chine, il faut être un peu caméléon

« Les occidentaux ont souvent des idées très stéréotypées sur la Chine. Certains s’imaginent un pays très fermé avec peu de libertés et des policiers un peu partout », déplore le fondateur de Chinpass. « D’autres pensent aussi qu’ils vont pouvoir gagner facilement de l’argent là-bas. HEC nous apprend précisément à développer notre ouverture d’esprit, à sortir de nos clichés pour mieux analyser chaque situation.  Ici, pour faire du business, il faut être un peu caméléon et flexible, ne pas arriver avec des œillères ou en comparant avec ce que l’on a laissé derrière soi.  Il faut observer ce pays avec le regard d’un enfant.  Beaucoup de français installés à Shanghai ont tendance à rester entre eux, dans le même quartier.  Pour ma part, je pense qu’il est important pour développer ses affaires de prendre du temps pour mieux comprendre le pays où l’on va vivre, sa culture, ses méthodes de travail… Cela passe beaucoup par l’apprentissage de la langue. »

Des Robots intelligents au service du 3e âge

Fort de son premier succès avec Chinpass, Charles Bark a décidé  de se lancer dans une nouvelle aventure entrepreneuriale en Chine. Ce projet, appuyé notamment par le CNRS et qui a fait l’objet de trois ans de recherche dans quatre pays, vise à développer des robots intelligents qui, demain, accompagneront au quotidien les personnes âgées chez elles.  « L’isolement, l’insuffisance cardiaque et les chutes sont les trois problèmes majeurs auxquels sont confrontées ces personnes », précise  Charles BARK. La plupart des pays occidentaux comme la France, les Etats-Unis ou l’Allemagne  sont concernés par cet enjeu démographique, mais aussi la Chine : « Il y a 222 millions de plus de 60 ans en Chine, soit 16 % de la population.  En 2050, ils représenteront plus de 40 % de la population ! Le robot que nous mettons au point sera capable de dialoguer avec une personne âgée et d’analyser des données médicales transmises à partir d’objets connectés ».

Un projet d’envergure sur lequel Charles Bark fonde de grandes ambitions : « L’objectif est que  la longévité ne rime plus avec la déchéance, mais avec la joie de vivre ! ».

Le 10/01/2017