Hommages et recueillements version 2.0

L'interview du mois : Clémentine Piazza - InMemori
Il ne se passe pas un jour sans que le digital n’investisse de nouveaux territoires et même les plus inattendus. InMemori en est une parfaite illustration. Élue startup de l’année par le magazine Challenges, l’entreprise fondée par Clémentine Piazza s’est donné pour mission d’accompagner les familles en deuil à travers une plateforme numérique dédiée.

Avant de fonder InMemori, vous avez exercé pendant plusieurs années des responsabilités au sein d’un important groupe immobilier. Qu’est-ce qui vous a poussé à créer votre propre entreprise ?

J’ai toujours su que j’entreprendrais un jour. J’ai d’ailleurs suivi à HEC une spécialisation « Entrepreneurs » qui m’a permis de comprendre les enjeux du processus de création et de me familiariser avec l’écosystème. J’ai ensuite attendu d’être suffisamment armée pour mener à bien une telle aventure et surtout d’avoir un projet qui fasse suffisamment sens à mes yeux pour y consacrer ma vie.

Comment est né ce projet ?
J’ai eu l’occasion d’accompagner deux amis qui ont dû faire face à la perte d’un proche. Ils m’ont fait réaliser à quel point certains besoins fondamentaux étaient non satisfaits alors que c’est une terrible épreuve. Cela m’a décidée à me lancer sur ce projet, c’est ainsi qu’InMemori est née.

Que propose votre entreprise ?
Notre mission première, c’est de donner la possibilité aux familles qui viennent de perdre un proche de rassembler et d’informer toutes les personnes concernées. Depuis un espace en ligne privé, la famille peut ainsi faire part du décès et transmettre les informations pratiques sur les obsèques comme la date et le lieu. Elle peut aussi organiser une collecte de dons pour soutenir une association chère au défunt ou pour financer la recherche contre une maladie.

InMemori permet également aux proches du défunt de lui rendre hommage. Ils peuvent laisser un message de condoléances, partager un souvenir, une photo, offrir des fleurs pour la cérémonie, faire un don à l’association choisie par la famille ou encore commander le livre rassemblant l’ensemble des hommages partagés sur le site.

La mort est encore un sujet tabou dans nos sociétés. Comment aborde-t-on un tel sujet ?
La disparition d’un proche est, en effet, un sujet très sensible qui exige beaucoup de justesse. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi d’aller sur le terrain et de passer 6 mois dans une agence de pompes funèbres pour accueillir les familles en deuil. Cette immersion était nécessaire pour comprendre avec précision leurs attentes et proposer un service qui réponde parfaitement à leurs besoins fondamentaux. C’est comme cela que j’ai découvert les trois valeurs auxquelles les familles sont très attachées.

La première, c’est l’intimité. C’est la raison pour laquelle les pages InMemori créées par les familles sont déréférencées des moteurs de recherche. La deuxième valeur, c’est la dignité. Les pages que nous mettons à la disposition des familles sont sobres, élégantes, sans logo, ni publicité, pour qu’elles aient le sentiment d’être dans un espace qui leur est propre. La troisième valeur, c’est l’universalité à travers trois engagements.

Nous voulons tout d’abord nous adresser à toutes les générations. Les fonctionnalités du site sont très simples pour qu’InMemori soit accessible aussi bien à un jeune de 18 ans qu’à une grand-mère de 77 ans. Nous sommes aussi interculturels. Les utilisateurs de notre service proviennent de 140 pays différents à travers le monde, ce qui veut dire que nous arrivons à toucher toutes les communautés quels que soient leurs rites et leurs appartenances religieuses. Enfin, InMemori est un service gratuit afin de permettre à toutes les familles de rendre hommage à leur proche.

Quel est votre business model ?
Nous nous sommes donné pour mission, à travers cet outil, d’accompagner les familles en deuil. Notre premier défi était de comprendre comment approcher ces familles, sachant que le laps de temps est très court dans ce type de situation. Nous avons fait le choix de nouer des partenariats avec des acteurs de confiance qui sont déjà identifiés par les familles (unités de soins palliatifs, assureurs, services de pompes funèbres, maisons de retraite, médias pour les avis de décès…).

Ces partenaires — Allianz, le Crédit Agricole, Malakoff Médéric, entre autres — nous rémunèrent à travers une redevance mensuelle pour pouvoir proposer InMemori à leurs clients. La totalité des familles qui utilisent notre service l’on fait grâce à ces partenaires. Nous avons donc une stratégie BtoBtoC.

Comment envisagez-vous votre développement futur ?
Notre volonté est d’accroitre davantage notre impact en nous associant avec de nouveaux partenaires. Cela prend nécessairement du temps car nous voulons nous assurer que ces derniers partagent nos valeurs et qu’ils sont en mesure d’offrir InMemori avec la même approche que la nôtre.

Nous avons également ouvert un bureau à New-York, notre objectif étant d’accélérer notre présence à l’international. Nous ne sommes pas focalisés sur un marché en particulier. Ce sont les partenaires avec lesquels nous allons pouvoir tisser des liens de confiance qui vont déterminer les pays vers lesquels nous allons nous développer.

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Le 26/09/2018