Small is beautiful - Interview de Damian Py, co-fondateur de Daan Tech

Il est novateur, peu envahissant, plutôt mignon, un brin écolo, serviable et peu compliqué à vivre, même s’il vous en fait voir de toutes les couleurs… Lui, c’est Bob, un mini lave-vaisselle conçu par deux « géotrouvetout » pour les appartements rikiki et pour tous ceux qui ont décidé de jeter l’éponge ! Rencontre avec Damian Py, le co-fondateur de Daan Tech, créateur de ce produit "Made in France".

Comment est né ce projet ?
D’une rencontre avec Antoine Fichet, lors d’un stage chez Bpifrance. Nos études achevées, nous avions l’envie, l’un et l’autre, de créer notre propre entreprise. Je pensais au départ lancer quelque chose dans le domaine de la robotique ou de l’industrie. Antoine, de son côté, avait imaginé ce projet de mini lave-vaisselle dès 2009 mais sans pouvoir le concrétiser.

En retravaillant ensemble sur ce concept et en discutant autour de nous, on s’est rendu compte qu’il y avait une vraie attente dans ce domaine. En 2016, nous avons voulu aller jusqu’au bout de cette idée à partir du concept de départ mais en le traduisant techniquement pour que celui–ci soit fonctionnel et en cherchant des financements.

Alors que bon nombre de startups œuvrent dans le digital, vous avez choisi de vous lancer dans l’industrie.  C’est un pari plutôt audacieux de nos jours…  
Oui et non. Nous avons, l’un et l’autre un parcours plutôt technique. L’industrie est un univers que nous maitrisons plutôt bien et les compétences complémentaires que nous avons acquises, lui à Novancia et moi-même à ESCP Europe, nous ont beaucoup apporté.

Dès le début, nous savions assez précisément ce que nous voulions faire. Quand on travaille sur ce type de projet, ce n’est pas l’aspect technique qui pose le plus de problème mais bien plus le volet financement. Il nous a fallu lever de nombreuses de barrières et de réticences. Beaucoup de gens nous disaient que l’on était fous, que cela ne marcherait pas et que s’il y avait un marché dans ce domaine, les grands constructeurs d’électroménager s’en seraient déjà emparés.

Comme nous étions jeunes et sans expérience, nous avons fait volontairement l’autruche sur certaines difficultés. C’est ce petit grain de folie qui nous a permis de continuer. Puis  les premières précommandes sont arrivées. On s’est alors rendu compte qu’il y avait un vrai marché et des financements complémentaires ont commencé à arriver de la part de Bpifrance et de business angels. Cela nous a permis de poursuivre ce projet jusqu’à la mise en production.

Quelle a été votre approche  « produit » ?
Nous sommes partis du principe que les gens qui vivent dans de petits appartements -une expérience vécue par Antoine- n’ont pas forcément d’arrivée d’eau pour un lave-vaisselle. C’est pourquoi nous avons voulu rendre cet appareil autonome. On le remplit comme une machine à café. Trois litres d’eau suffisent pour laver en 20 minutes la vaisselle de deux personnes. Son faible encombrement lui permet également de se caser facilement, juste à côté de l’évier.

A l’image de Dyson, nous avons voulu  donner un côté fun et design à ce lave-vaisselle, loin des cubes blancs fonctionnels que l’on voit dans les magasins d’électroménager, faire en sorte que nos clients soient contents de le montrer à leur entourage. C’est aussi un produit simple et robuste, testé pour durer au moins 10 ans et facilement réparable. Il suffit de le retourner comme un ordinateur et de changer juste les pièces nécessaires. Notre produit est par ailleurs 100 % recyclable.

Comment  « Bob » est-il distribué ?
Nous sommes, en quelque sorte, le  « Tesla du lave-vaisselle ». Nos clients précommandent directement leur article sur notre site. Ils peuvent le personnaliser à leur goût et se le faire directement livrer chez eux.  Nous avons déjà enregistré plus de 6 000 commandes.

Quel est le profil type de vos premiers clients ?
A l'origine, nous pensions intéresser principalement un public jeune, des étudiants qui s’installent dans leur premier appartement par exemple. En fait, nous touchons une cible beaucoup plus large, parfois même des personnes de plus de 60 ans qui, lorsque les enfants sont partis, n’ont plus forcément besoin d’un gros lave-vaisselle chez eux.

Vos premiers produits sortiront de chaine en Vendée cet été.  Faire du "Made in France", c’était un choix délibéré ou une opportunité ?
Quand nous avons effectué nos études, on nous parlait beaucoup de mondialisation et de délocalisation comme d’une fatalité. Nous étions pourtant convaincus, l’un comme l’autre, qu’il était tout à fait possible de faire du "Made in France".

Ce produit nous donne l’occasion d’en faire la démonstration. Cela faisait d’ailleurs parti de notre cahier des charges. Au-delà des principes, il y a aussi un aspect très pratique. Il est tout de même beaucoup plus simple de gérer la fabrication d’un produit lorsque celui-ci est réalisé sur place, plutôt que dans une usine à 6 000 km de là, au fin fond de la Chine ! 

Vous avez participé, il y a quelques mois, au CES Las Vegas. Avez-vous des objectifs de développement à l’international ?
Les normes sur le marché américain sont différentes des nôtres et nous n’avons pas l’intention d’aller sur ce marché pour l’instant. Le CES Las Vegas nous a surtout permis d’acquérir un peu de visibilité et de rencontrer facilement, et en très peu de temps, des investisseurs français potentiels.  Sur ce plan, nous avons trouvé ce que nous cherchions.

Notre volonté, c’est aussi de développer à terme de nouveaux appareils électroménagers qui pourraient s’inspirer du design ou de certaines fonctionnalités de Bob comme le système de veille automatique qui permet de consommer 0 watt lorsque l’appareil n’est pas utilisé. 

Vous serez présent, dans quelques jours, sur le stand de la CCI Paris Ile-de-France à VivaTech. Qu’attendez-vous de cette rencontre ?
C’est pour nous l’occasion de présenter les dernières évolutions de notre produit et de gagner en notoriété en échangeant avec des décideurs économiques et politiques.

 

Le 03/05/2019