Passionné par nature

L'interview du mois : Antoine LEMARCHAND - PDG de Nature & Découvertes
Lancée il y a bientôt 30 ans, Nature & Découvertes attire chaque année plus de 32 millions d’explorateurs en herbe, d’amoureux de la nature et d’adeptes d’une consommation plus intelligente et éthique. L’entreprise qui ouvrira dans quelques mois son nouveau siège social à Versailles mise sur une croissance raisonnée mais durable, axée notamment sur l’international et le digital. Rencontre avec Antoine LEMARCHAND, le président de l’enseigne.

Pour reprendre un ancien slogan d’une célèbre enseigne de grands magasins, on trouve un peu de tout dans les boutiques Nature & Découvertes. Quel est le dénominateur commun à l’ensemble des articles présents dans vos espaces de vente ?
A travers quatre thématiques – la nature, le voyage, l’éducation et la science – nous voulons inciter nos clients à se rapprocher de la nature  mais aussi leur donner la culture et les clés nécessaires pour mieux comprendre comment fonctionne le monde qui nous entoure.


Comment sélectionnez-vous les produits distribués dans vos points de vente ? 
Si l’on excepte les livres, 65 % de nos produits sont des produits exclusifs qui ont été développés pour nous par des fournisseurs, avec le concours de nos designers ou de designers externes. Plusieurs critères entrent à parts égales dans notre cahier des charges. Il y a tout d’abord la dimension éthique. Nos produits  doivent être conçus dans le respect de la nature mais aussi avec des conditions de fabrication respectables sur le plan social. Nous ne retenons pas des produits qui génèrent trop de déchets ou avec des cycles de vie très faibles. Nos produits doivent être également innovants et originaux.  Enfin, tout en tenant compte des paramètres précédents, le prix de vente doit rester accessible pour nos clients.


Vous avez repris, il y a 8 ans, les rênes de l’entreprise que votre père avait fondée en 1990. Nature & Découvertes n’étant pas une entreprise comme les autres, comment gère-t-on un tel héritage familial? 
Le fait que l’enseigne reste une entreprise familiale n’a jamais été un prérequis. C’était plutôt un concours de circonstances et une opportunité. J’avais vendu les entreprises que je dirigeais pour reprendre mes études. Comme j’avais un peu plus de disponibilité, mon père qui s’interrogeait sur une possible revente de l’entreprise a fait appel à moi pour réfléchir au devenir de l’enseigne, en particuliers sur le digital et l’international. En me penchant sur ces dossiers, j’ai découvert que cette enseigne avait un vrai potentiel de croissance.


Votre entreprise fêtera, dans deux ans, ses trente ans d’existence. Où en est l’enseigne aujourd’hui ? 
Nous accueillons chaque année 32 millions de clients dans nos magasins dont 1,5 millions sont porteurs de la carte de notre enseigne. Cette carte leur donne pas mal d’avantages en termes de services et de promotion mais elle leur permet aussi de participer au soutien de notre fondation.  C’est un autre aspect important de notre écosystème. Depuis sa création 2 500 projets ont été financés par cette fondation pour un montant total de 12 millions d’euros. Nous sommes ce que l’on appelle aujourd’hui une entreprise à mission. Notre objectif principal n’est pas de maximaliser les profits de nos actionnaires mais d’essayer de satisfaire les cinq partie prenantes de l’entreprise que sont les salariés, les fournisseurs, le sociétal, les actionnaires et bien entendu nos clients. Nous ne sommes pas des assoiffés de croissance. Notre entreprise ouvre au grand maximum entre deux et trois magasins par an et vise entre 2 et 5% de taux de croissance. L’essentiel pour nous est de satisfaire les différentes parties prenantes de l’entreprise avec pour objectif de s’inscrire dans la durée.

 


Quelle sera votre stratégie de développement dans les prochaines années? 
Quand j’ai repris l’entreprise, celle-ci réalisait 2 % de son chiffre d’affaire grâce au digital. Cette année, nous atteindrons les 13 %.  Tout en continuant à ouvrir du non digital, notre volonté est de pousser au développement du e-commerce en s’appuyant notamment sur de grosses  market place comme Fnac Darty, La Redoute, Amazon ou Alibaba. C’est un  secteur à fort potentiel qui enregistre, depuis dix ans, entre 25 et 27 % de taux de croissance . Nous souhaitons également nous développer à l’international en nouant, notamment, des partenariats avec d’autres enseignes. Nous avons déjà  ouverts 16 magasins en Suisse, en Allemagne et dans le Bénélux  et nous avons également des projets dans le sud de l’Europe. Nous souhaitons enfin passer, d’ici cinq ans,  de 65 % à 95 % de produits exclusifs dans nos points de vente. L’objectif, c’est aussi de diversifier notre offre en proposant par exemple de nouveaux services comme des ateliers ou des stages découverte.


Le nouveau siège de Natures & Découvertes, situé dans le futur quartier d’affaires de la gare des Chantiers à Versailles est en cours d’achèvement. Un bâtiment plutôt original et résolument orienté « environnement ». Pouvez-vous nous en dire plus ? 
Nous sommes très attachés à Versailles puisque nous y sommes installés depuis 40 ans Notre but était tout d’abord de rassembler nos équipes sous un même toit et à proximité d’une gare. C’est un bâtiment écologique, avec des panneaux solaires et des récupérateurs d’eau de pluie ce qui est un peu naturel, pour une entreprise comme la nôtre !   C’est aussi une architecture qui cherche à privilégier le bien-être au travail à travers l’utilisation de matériaux comme le bois en particuliers.


Vous avez suivi une grande partie de vos études à l’ESSEC, une grande école de la CCI Paris Île-de-France. Que retirez -vous, encore aujourd’hui, de l’enseignement de cette école ?
L’ESSEC a toujours eu un rôle de challenger parmi les grandes écoles de commerce en prenant notamment des initiatives intéressantes en matière pédagogique, en se lançant par exemple dans l’apprentissage ou en s’ouvrant à l’international, en particulier en Asie avec le campus de Singapour. L’ESSEC m’a aussi beaucoup marqué par son  approche sociétale et le fait de vouloir très tôt lier le monde de l’entreprise à des causes sociales ou environnementales. Le réseau associatif de l’ESSEC est également très actif. J’ai autant appris au sein de ses associations que pendant mes cours. Vous démarchez au téléphone, vous cherchez des sponsors, vous faites des missions de juniors entreprises. Cela a été pour moi une grande source d’apprentissage.  
 

Propos recueillis par Frédéric GAUDICHON

Le 05/12/2018