Transport fluvial et maritime : de nouvelles ambitions sur l’Axe Seine

L'interview du mois
Pour l’Île-de-France, le développement des ports et de leurs trafics de marchandises représente un enjeu économique important. Chaque année, la région échange en effet environ 1,3 millions de conteneurs avec l’international, dont 50 % (650 000 conteneurs) via les ports de l’Axe Seine. Après plusieurs années de crise, le secteur reprend des couleurs et affiche de nouvelles ambitions. Rencontre avec Régine Bréhier, Directrice générale de HAROPA - Ports de Paris
  • Après une conjoncture difficile, marquée notamment par la crise économique et le processus de désindustrialisation du territoire, la situation économique des ports de l’Axe Seine évolue-t-elle plus favorablement ?

Même si nous ressentons encore les effets des mauvaises campagnes céréalières de 2016, notre volume d’activité s’améliore.

Le trafic marchandise a augmenté de 2 % sur les 9 premiers mois de l’année 2017 en Île-de-France. Les travaux du Grand Paris Express en particulier et, plus globalement, les effets du développement des programmes de construction sur le Grand Paris nous apportent un regain d’activité à la fois sur le transport de matériaux de construction mais aussi sur tout ce qui concerne le déblaiement de chantiers.

L’activité de logistique urbaine se porte bien également. L’expérience que nous menons notamment avec Franprix va se poursuivre et d’autres projets du même type devraient d’ailleurs se mettre en place en 2018. Le trafic passager a, quant à lui, retrouvé son niveau d’avant les attentats.

A l’échelle de l’ensemble des ports HAROPA, la conjoncture est aussi favorable. Le trafic maritime a, en effet, augmenté de plus de 6  % en  2017.

  • Entre Paris et Le Havre, le trafic marchandise s’opère à plus de 85 % par la route. Comment rendre le transport fluvial plus attractif ?

Un programme d’aménagement de nos ports urbains est engagé. Notre objectif est d’être au plus près des travaux du Grand Paris et d’apporter des réponses adaptées notamment en termes d’accessibilité. On sait qu’à partir du moment où l’on fait rentrer ou sortir des matériaux, des marchandises et des déblaiements avec des temps de transbordement beaucoup trop longs, le transport par camion sur la totalité du trajet sera préféré au transport fluvial. Nous avons également des projets à plus long terme sur la Seine Aval comme la création de la plateforme portuaire Seine Métropole Ouest et l’extension du port de Limay-Porcheville.

Dans le cadre de l’alliance HAROPA, une grande concertation est également menée avec l’ensemble des acteurs du Port du Havre pour améliorer les accès fluviaux à Port 2000. Plusieurs pistes sont actuellement à l’étude. L’objectif principal est de permettre à ce port, qui est en compétition avec les grandes zones portuaires du nord de l’Europe, de pouvoir absorber et traiter beaucoup plus rapidement les flux croissants de conteneurs qui arrivent quotidiennement au Havre.

Nous sommes également, ne l’oublions pas, un acteur important du transport ferroviaire. Ports de Paris compte à lui seul 6 plateformes embranchées fer. Le trafic que nous pouvons capter du fer vers le fleuve ou du fleuve vers le fer ou même du fer directement depuis Le Havre est un enjeu clé du développement des ports de l’Axe Seine.

A titre d’exemple, nous avons créé une filiale commune avec SOGARIS, dans le cadre du projet de tête logistique de Chapelle International. L’objectif est de mettre en place une navette ferroviaire pour l’acheminement des marchandises entre notre port de Bruyère-sur-Oise et cette future plateforme destinée à approvisionner l’agglomération parisienne.

A plus longue échéance, l’ouverture du Canal Nord Seine Europe représentera une réelle opportunité pour le transport fluvial puisque l’on pourra faire passer beaucoup plus facilement par le fleuve des marchandises comme les matériaux et les céréales qui ne passent aujourd’hui que par le camion.

  • En tant que gestionnaires et propriétaires de plus de 14 000 hectares de foncier, les ports de l’Axe Seine disposent aussi d’un formidable levier de développement économique sur le territoire. Ne faut-il pas, comme le préconise la CCI Paris Île-de-France(*), encourager davantage l’implantation en bord de fleuve d’activités qui ont, potentiellement, un intérêt à recourir au transport fluvial ?

Le BTP, les activités de recyclage, les céréaliers et le tourisme ont largement recours au fleuve et représentent à eux seuls près de 50 % de notre chiffre d’affaires. Les activités de logistique représentent ensuite près d’un tiers de notre CA. Une partie des entreprises de cette filière utilise déjà le fleuve, d’autres sont intéressées mais ne sont pas encore passées à l’acte. Nous avons donc mis en place une politique incitative en accordant par exemple des remises progressives sur les loyers au prorata de l’usage du transport fluvial. Nous essayons également de coller aux plus près aux attentes de ces entreprises en les conseillant notamment sur l’ingénierie de leur logistique.

Nous travaillons enfin avec les riverains et les collectivités territoriales riveraines sur les conditions d’acceptabilité, dans les territoires urbains, des activités portuaires. La possibilité de pouvoir desservir en cœur de métropole est en effet un atout clé du transport fluvial et un élément essentiel de la compétitivité de certaines filières. Avec le concours des professionnels du BTP notamment, différentes actions sont ainsi menées à Paris mais aussi sur d’autres sites en Île-de-France, pour diminuer l’impact de certaines de ces activités sur l’environnement.

  • La Vallée de Seine est aussi un axe fluvial exceptionnel propice au développement de la filière du tourisme et des loisirs…

Nous avons mis en place, à l’échelle de l’Axe Seine, un schéma directeur croisière. Ce schéma, qui inclut les croisières avec hébergement, part sur une hypothèse de croissance soutenue de ce secteur dans les prochaines années avec une perspective d’ouverture d’une dizaine d’unités fluviales supplémentaires. Partant de là, nous avons identifié de nouvelles escales et les services à mettre en place pour que ces activités soient compatibles avec leur environnement. A Paris, nous sommes ainsi en train de travailler à l’électrification progressive de nos escales de façon à permettre à ces bateaux de tourner sur des postes électriques lorsqu’ils sont à quai.

Notre schéma directeur préconise également la mise en place de clubs croisières. Ces clubs permettront aux croisiéristes d’échanger avec les acteurs locaux pour la conception de circuits touristiques ou la mise en place d’une filière d’approvisionnement. L’objectif est de faire en sorte que ces croisières irriguent davantage, sur le plan économique, les territoires traversés.

  • La plupart des grandes villes monde se sont développées en capitalisant notamment sur leur débouché maritime. Le Grand Paris a sans aucun doute une vraie carte à jouer sur ce plan en termes d’attractivité à l’international.  A ce titre, l’alliance HAROPA constituée il y a cinq ans entre les ports du Havre, de Rouen et Paris est-elle en train de porter ses premiers fruits ? 

Notre objectif, à travers cette alliance, est d’apporter une offre de service de plus en plus qualifiée à nos clients ultimes. Auparavant, chaque chargeur était obligé de s’adresser aux trois ports pour pouvoir transporter sa marchandise de Paris au Havre. Aujourd’hui, il traite avec un interlocuteur unique qui est en mesure de lui présenter l’ensemble de notre offre sur l’Axe Seine et de traiter son acheminement de bout en bout. Nous avons gagné en lisibilité et la marque HAROPA est maintenant reconnue auprès de nos grands clients, notamment à l’international.

Parler d’une même voix nous permet par ailleurs de faire davantage valoir notre point de vue sur de grands projets d’aménagement comme la ligne de fret Serqueux-Gisors dont les travaux viennent de commencer. Autre fait significatif : HAROPA traite aujourd’hui près de  7 % du trafic marchandise conteneurisé sur le Range Nord contre 5,86 % en 2011.

En savoir plus sur : 

 

 (*) Ports et fret fluvial : Il faut capitaliser sur les atouts de l’axe Paris-Le Havre

Aujourd’hui, plus de 80 % des échanges commerciaux mondiaux s’effectuent par voie maritime. Les ports jouent un rôle clé dans la concurrence entre les métropoles internationales pour attirer les entreprises et proposer les services logistiques performants dont elles ont besoin. Ainsi, dans le cadre du débat sur l’organisation des ports de l’Axe Seine, la CCI Paris Île-de-France a souhaité faire entendre la voix des utilisateurs en publiant, en novembre 2017, une prise de position sur l'évolution de l'organisation des Ports de l'Axe Seine.

 

 

Le 08/01/2018