L’intelligence artificielle au coin de la rue - Interview de Murat Dogan, fondateur de LCN

Kesk est un dispositif doté d'une intelligence artificielle permettant de détecter les véhicules, les cyclistes et les piétons, de gérer le trafic en temps réel, d'anticiper les embouteillages... Une solution développée par une jeune entreprise francilienne, Les couleurs du numérique (LCN), fondée et dirigée par Murat Dogan.

Vous avez créé, en 2015, Les couleurs du numérique. En quoi consiste votre activité ?

Les couleurs du numérique est une entreprise de Recherche et Développement (R&D) en ingénierie informatique. Lorsque nous avons créé cette société, nous avons eu l’opportunité de signer un contrat avec une entreprise du secteur de l’aéronautique qui travaillait pour Airbus et Safran. Nous lui avons développé des solutions pour toute la partie analyse et traitement de l’image. Une démarche qui permet par exemple d’identifier beaucoup plus rapidement que l’œil humain des pièces défectueuses sur une chaine de production.

Nous nous sommes rendu compte qu’il y avait, autour de cette technologie, de vraies opportunités de développement. Cela nous a conduit à nous spécialiser dans ce secteur. L’analyse et le traitement de l’image, ou plus généralement la vision par ordinateur, a beaucoup évolué avec l’arrivée de l’intelligence artificielle et trouve de multiples applications dans de nombreux secteurs tels que l’aéronautique, l’automobile, la défense ou l’industrie médicale.

Pendant deux ans, nous avons fait uniquement de la prestation de service et, depuis ces deux dernières années, nous avons une branche R&D à l’intérieur de laquelle nous développons nos propres projets dont Kesk.
 


Dogan Murat, fondateur et président de LCN

Qu’est-ce qui vous a conduit à développer ce projet ? 

Tout est parti d’une expérience personnelle. Il m’arrivait de rentrer tard chez moi après mon travail et de me retrouver, comment beaucoup de gens, bloqué à un feu rouge alors qu’il n’y avait pas d’autres véhicules à ce croisement. Je me suis demandé si nous ne pouvions pas trouver une solution pour réguler plus efficacement le trafic sur les carrefours en s’appuyant sur le traitement de l’image.

Nous avons commencé par travailler sur une preuve de concept en fabriquant des feux de chantier intégrant des capteurs optiques permettant de détecter des véhicules et de réguler la circulation sur une voie. Les tests et simulations ont été particulièrement concluants, ce qui nous a amené à nous lancer dans le développement de Kesk. 

Comment fonctionne votre solution ?

Des capteurs et des caméras sont placés sur des carrefours, au niveau des feux tricolores. Kesk analyse les flux de circulation en temps réel en identifiant notamment les voies encombrées et les types de véhicules engagés. Les informations reçues permettent une action immédiate sur le passage des feux, pour mieux répartir la circulation.

Nous avons réalisé des simulations avec des données de comptages et établi un partenariat avec Saint-Quentin-en-Yvelines pour expérimenter notre solution sur deux carrefours. Les premiers résultats montrent un gain de temps allant de 50 à 85 %, ce qui équivaut à une réduction de 45 à 65 % de la pollution.  La prochaine étape est de passer à une phase d’exploitation sur plusieurs axes de l’agglomération et de promouvoir ensuite notre solution après d’autres collectivités locales.

Quelles sont vos relations avec la CCI ?

La CCI Seine-et-Marne nous accompagne depuis la création de l’entreprise. J’ai commencé par suivre des ateliers « futurs entrepreneurs ». Nous avons ensuite été lauréat, en 2018, des Challenges numériques organisés par la Chambre de commerce. Celle-ci nous a par la suite orientés vers le dispositif ARDAN qui accompagne les PME sur leurs problématiques de recrutement.

Grâce à la CCI, enfin, nous avons pu exposer et nous faire connaitre lors de la dernière édition du salon Vivatech

Comment envisagez-vous l’avenir ? 

Nous allons lever des fonds pour développer notre solution et la commercialiser auprès de collectivités en France et en Europe. A plus long terme, notre idée serait de concevoir un système intelligent capable de gérer en temps réel la régulation de l’ensemble d’un réseau routier. Nous voulons dans un premier temps consolider notre développement dans ce secteur, ce qui n’exclut pas, par la suite, d’innover dans d’autres domaines.

 

Le 18/11/2019