Vers une industrie textile plus agile - Interview de Pierre de Chanville, co-fondateur de Tekyn

Implantée en Seine-Saint-Denis et historiquement dans les Hauts-de-France, Tekyn a développé une solution technologique globale destinée au secteur textile pour des productions de vêtements à la demande, en quelques jours et en circuit court. Objectif ? Redonner de l’agilité et de la souplesse à une industrie confrontée à des problématiques récurrentes de surproduction. Rencontre avec Pierre de Chanville, co-fondateur, avec Donatien Mourmant, de cette jeune entreprise.

Vous souhaitez inciter les marques de vêtements à repenser leurs modes et circuits de production. Pour quelles raisons ?
Les marques sont encore aujourd’hui très dépendantes de filières d’approvisionnement souvent lointaines. Elles font des paris sur l’achat de gros volumes de marchandises à bas prix qu’elles auront par la suite beaucoup de difficultés à écouler dans leur totalité.

Certaines entreprises font 50 % de leurs ventes en décote. La gestion de ces stocks d’invendus est, au final, très coûteuse et handicapante pour des marques qui veulent aussi être plus réactives face à l’évolution des attentes de leur clientèle.

Autre facteur important : l’industrie textile est la 2e industrie la plus polluante au monde puisqu’elle génère pratiquement 50 % de déchets. Des milliers de tonnes de vêtements seraient ainsi jetés par les marques, une situation à laquelle la législation européenne souhaite remédier prochainement en interdisant à terme la destruction des invendus pour tendre vers un modèle économique plus durable.

Les consommateurs ont, eux aussi, évolué sur ce plan. Ils sont de plus en plus sensibles au cadre social et environnemental dans lequel les vêtements sont produits, ce qui stimule une demande alternative pour des vêtements plus intelligemment conçus avec moins de déchets.

Notre constat, c’est qu’il est parfois plus rentable de faire fabriquer en petite série des vêtements plus coûteux, mais qui pourront se vendre facilement en quelques jours, plutôt que de commander des lots de vêtements, certes trois fois moins chers, mais qui au final vont générer des coûts de stockage et de revente conséquents. 

Que proposez-vous à vos clients ? 
Des technologies et des process qui vont leur permettre de s’approvisionner à la demande en circuits courts. Nous avons développé, à cet effet, une plateforme web à partir de laquelle les marques peuvent travailler en réseau sur un projet avec tous les acteurs de la chaine de production.

Cette plateforme est connectée à notre centre de pré-production de La Courneuve. Ce centre, entièrement robotisé, prépare en amont des kits de production intégrant toutes les composantes nécessaires à la fabrication : pièces de tissu prédécoupées, fournitures, étiquettes. Grâce à ces kits, les ateliers sont immédiatement opérationnels et peuvent se lancer directement dans la confection.

Avant toute collaboration avec une nouvelle marque, nous analysons leurs indicateurs financiers principaux (taux de démarque, de rupture et trésorerie) et les suivons pour prouver, chiffres à l’appui, que produire moins et vendre mieux est plus rentable.

Avec qui travaillez-vous ? 
Nous travaillons principalement avec 5 marques tout en continuant à développer notre solution technologique.  Nous avons mis en place une usine 4.0 complète, mais nous sommes encore dans une phase de R&D. A ce stade, nous préférons avoir un nombre de clients réduit, mais travailler avec de bons partenaires sur la durée, plutôt que d’avoir des dizaines de clients qui vont travailler avec nous de manière ponctuelle. 

L'équipe TEKYN


Vous avez choisi de vous implanter en Seine-Saint-Denis. Pour quelles raisons ?
Le bon rapport qualité/coût des surfaces et la disponibilité de l’offre ! En un an et demi, nous avons changé trois fois de locaux, passant de 45 m2 à 120 m2 puis à 320 m2 en très peu de temps, ce qui n’est pas évident en région parisienne. La Seine-Saint-Denis nous permet également de rester à proximité de Paris et de pouvoir nous appuyer sur un bassin d’emploi favorable pour le recrutement d’ingénieurs, de développeurs et, par la suite, d’opérateurs.

En Seine-Saint-Denis, la situation est un peu complexe mais nous n’avons pas eu l’impression de tomber sur un territoire indifférent à notre activité. Il y a un environnement et un écosystème plutôt porteurs pour l’entreprise. Nous avons été très bien accueillis par la CCI Seine-Saint-Denis qui s’est rapprochée de nous et nous a donné quelques conseils. Elle nous a par ailleurs conviés, il y a quelques mois, au salon Vivatech où nous avons pu exposer aux côtés d’autres startups. Cette expérience a été particulièrement instructive pour nous et intéressante en termes de visibilité. 

Quelles sont vos prochaines étapes ? 
Nous sommes actuellement dans une phase de croissance modérée et contrôlée. Depuis la création de Tekyn, nous avons travaillé avec une bonne dizaine d’ateliers en France et en Europe de l’Est, ce qui nous a permis de valider la pertinence de notre projet.

Il nous reste naturellement à peaufiner notre modèle avant de le déployer à plus grande échelle en installant notamment d’autres centres de pré-production en France et en Europe pour être au plus près des ateliers de fabrication. Nous travaillons pour l’instant avec une clientèle essentiellement française mais notre objectif est d’intégrer des marques européennes début 2020.

 

Le 27/08/2019