Quelle place pour l’industrie en Val-de-Marne ?

L’industrie val-de-marnaise a perdu, en l’espace de 20 ans, 50 % de ses effectifs. La CCI Val-de-Marne tire la sonnette d’alarme et propose, dans une récente étude (*), une série de propositions pour enrayer cette spirale et redonner toute sa place à cette activité essentielle à la dynamique du Grand Paris.

Le territoire ne manque pourtant pas d’atouts : un foncier économique encore disponible, des voies de communication denses, la proximité de Paris, une plateforme aéroportuaire et un potentiel humain… sans compter le prochain raccordement du département au réseau du Grand Paris Express.

« Il est très important de maintenir, voire de développer l’activité industrielle pour conserver une diversité d’activité dans le Val-de-Marne. N’oublions pas que l’activité  industrielle génère beaucoup d’emplois induits et également des investissements qui sont autant de relais de croissance contribuant au développement de notre territoire » insiste le président de la CCI Val-Marne, Gérard Delmas, lors de la rencontre du Club Entreprises La Tribune/ CCI Paris Île-de-France du 17 décembre 2014, organisée dans les locaux de la CCI Val-de-Marne.

Des locaux rares, chers et  souvent inadaptés

Mais pour que l’industrie puisse se maintenir, voire se développer sur ce territoire, de nombreuses améliorations doivent être apportées pour améliorer la qualité de l’environnement urbain des entreprises : accessibilité pour les livraisons, transports en commun, voirie et services…

L’offre foncière et immobilière doit aussi être repensée pour mieux répondre aux attentes et aux contraintes liées aux activités de construction et de production.

Dans le Val-de-Marne, 85 % des établissements industriels et 91 % des établissements de la construction ont moins de 10 salariés. La plupart de ces entreprises occupent des petites surfaces – entre 150 et 1 500 m- et bien souvent dans le diffus, bien que la majorité d’entre-elles souhaite plutôt s’implanter en zone d’activité. « Si 3 dirigeants sur 5 sont satisfaits de leurs locaux, 2 sur 5 possèdent des locaux inadaptés envisageant ainsi de déménager, dont certains hors Île-de-France pour un meilleur rapport-qualité prix » souligne Dominique Norguet, vice-président de la CCI Val-de-Marne,  en présentant l’étude de la CCI.
« La vraie question, ce ne sont pas les surfaces mais plutôt les coûts des loyers au m2 trop élevés. Il faut trouver un modèle économique qui garantisse un loyer qui soit abordable pour ces entreprises, dans le hors marché » souligne Jacques Touchefeu, directeur général de l'Etablissement public d'aménagement d'Orly Rungis.

Si le raccordement au réseau du Grand Paris Express (lignes 14 et 15) constitue un formidable vecteur de développement pour le Val-de-Marne, notamment du point de vue résidentiel et tertiaire,  il peut entraîner des mutations urbaines lourdes autour de certaines gares avec des risques de spéculation sur le foncier et l’immobilier. De nombreux projets impactent des entreprises déjà en place, dont beaucoup appartiennent aux secteurs de l’industrie et de la construction. Un phénomène susceptible d’accélérer les déplacements de ces entreprises en grande couronne ou en dehors de l’Île-de-France.

Il est primordial que les PLU encouragent le maintien, voire le développement de foncier destiné aux activités de l’industrie et de la construction, souligne l’étude de la CCI Val-de-Marne « Il faut également adapter nos outils réglementaires pour favoriser la « sanctuarisation » du foncier dédié à l’activité et la construction d’immobilier d’activité neuf sur les terrains contraints », souligne Dominique Norguet. « En 2013, une loi a été votée permettant la cession par l’Etat de parcelles avec une décote pouvant atteindre 100 % afin de construire des logements sociaux. La même procédure pourrait être mise en place pour les parcelles de l’Etat dont la localisation, en bordure de voies rapides ou de voies ferrées, ne permet pas de construire du logement, mais des locaux d’activités. »

Revaloriser l’apprentissage et les métiers de l’industrie

L’inadéquation entre formation et profil de main d’œuvre constitue également une réelle problématique pour les entreprises industrielles et de la construction du département.

« Nous avons beaucoup de difficultés à trouver et à conserver du personnel qualifié. Beaucoup de nos apprentis sur lesquels nous avons investi pendant deux ans quittent la région ou préfèrent travailler dans de grandes entreprises. L’industrie n’est pas valorisée dans notre pays. Une minorité de jeunes savent que nous existons. Pourtant l’industrie compte de très beaux métiers tout à fait passionnants et, en plus, correctement rémunérés » déplore Éric Carpentier, gérant de Hugotte, une entreprise de 18 personnes spécialisée dans la mécanique de haute précision. La revalorisation de l’apprentissage et des métiers dédiés à l’industrie et la construction constitue d’ailleurs une des propositions clés de l’étude de la CCI.

Une réglementation contraignante en zone dense

« Maintenir une activité industrielle dans un environnement dense reste difficile » précise Edouard Gestat, le directeur général de BioSpringer, une entreprise de Maisons-Alfort spécialisée dans la fabrication de levures pour l’agro-alimentaire et la pharmacie.  «  Notre activité génére certaines nuisances,  des mouvements de camions, des odeurs… Nous arrivons à gérer ces contraintes environnementales mais cela a un coût. Or nous sommes dans un jeu complétement mondialisé. Face à des concurrents non soumis aux mêmes contraintes, cela pèse sur la compétitivité. » Il faut donc tenir compte des spécificités d’implantation des entreprises en zone dense et adapter l’application de la législation dans ces zones, estime la CCI Val-de-Marne.

Un travail en commun

La CCI souhaite concentrer toute son énergie pour garantir le maintien d’un tissu industriel dans le département « mais c’est avant tout un travail commun qui doit être mené et il faut mobiliser tous les partenaires économiques, dont les entreprises du territoire », souligne Gérard Delmas.

(*) L’industrie : quelle place dans le Grand Paris ? – Le point de vue des entreprises du Val-de-Marne

Chiffres clés

L’industrie 

  • 34 282 emplois salariés (contre 69 177 en 1989,  -50 %)
  • 4 207 établissements

La construction

  • 37 940 emplois salariés (contre 43 615 en 1989, - 14 %)
  • 12 741 établissements
Le 15/01/2015