C’est grave docteur ?

Rencontre avec Anamnèse, lauréate du Challenge Paris-Saclay CES Las Vegas
La France compte de moins en moins de médecins par patients, les cabinets médicaux sont débordés et les consultations deviennent de plus en plus expéditives. Pour apporter un peu d’oxygène à un service de santé au bord de l’asphyxie et libérer du temps utile pour les praticiens, Anamnèse mise sur l’intelligence artificielle.

Primée par la CCI Versailles -Yvelines lors de la dernière édition du Challenge Paris Saclay CES Las Vegas, Anamnèse est née au sein de l’incubateur de l’école Polytechnique en juin 2017. Les deux fondateurs de cette jeune startup, Raphaël Canyasse (Ingénieur Polytechnique et Master en Intelligence Artificielle de l'Institut du Technion) et Jérôme Bourreau (Ingénieur Supélec et GeMBA INSEAD), sont partis d’un constat : alors que le nombre de médecins continue de diminuer – le Conseil de l’Ordre national des médecins prévoit une baisse de 25 % d’ici 2025 - la demande de soins est en constante augmentation. Résultat, les temps d’attente pour obtenir un rendez-vous avec un médecin sont de plus en plus longs et le temps passé par les praticiens avec chaque patient de plus en plus court avec un risque de dégradation de la qualité de prise en charge. « Passées les questions rituelles comme : est-ce que vous fumez ? Depuis combien de temps ? Avec quelle fréquence ? , il reste au final peu d’espace au médecin pour l’examen clinique, l’établissement d’un diagnostic et la prescription médicale... », souligne Jérôme Bourreau.

Le concept d’Anamnèse ? Proposer un service capable d’obtenir en amont, au travers d’un questionnaire exhaustif mais personnalisé, accessible depuis un simple smartphone, les antécédents et les facteurs de risque du patient. Le médecin pourra ainsi démarrer sa consultation en ayant une connaissance assez fine du profil du patient et se concentrer sur des questions plus précises pour affiner son diagnostic.

« On n’utilise pas assez bien les médecins pour ce qu’ils savent faire. Ils ont aujourd’hui besoin de se décharger de tâches courantes -qui n’exigent pas d’avoir fait  10 années d’études- pour se concentrer sur leur vraie valeur ajoutée ». 
La solution développée par Anamnèse est en passe d’être testée grandeur nature au sein de deux cliniques à Lyon et en Suisse et dans un hôpital au Creusot.  Au-delà de ce marché, l’entreprise souhaite mettre ce service à la disposition de tous les établissements hospitaliers, les Maisons de Santé Pluridisciplinaires, et à plus long terme, auprès de chacun des médecins.
« Cette solution peut aussi parfaitement répondre aux attentes des praticiens en télémédecine », ajoute le président et co-fondateur d’Anamnèse...

Jérôme Bourreau, cofondateur et président d'Anamnèse

Cela vous gratouille ou cela vous chatouille ?

Anamnèse repose sur un système expert s’appuyant sur la déduction médicale. «  A la manière d’un humain, l’application va affiner au fur et à mesure ses questions en fonction des réponses du patient pour cerner au mieux son état de santé », souligne Jérôme Bourreau. A leur tour, les médecins vont contribuer à l’enrichissement de cette solution en faisant remonter leur diagnostic, en regard des réponses aux questions posées au patient. Chaque praticien, qu’il soit en Normandie ou au fin fond de la Drôme, pourra ainsi, à travers cet outil, partager ses diagnostics et profiter des contributions des autres médecins utilisateurs.
Que l’on se rassure, Anamnèse n’a nullement l’intention de se substituer au médecin, comme tient à la préciser Jérôme Bourreau : «  Au 19e siècle, le stéthoscope à tout à fait changé la façon de faire des consultations médicales mais n’a pas remplacé les docteurs. Il en va de même pour cette application. Il faudra naturellement accompagner énormément les médecins pour qu’ils puissent s’approprier ce nouvel outil. »

Le président et co-fondateur d’Anamnèse se réjouit également de pouvoir participer dans quelques mois, grâce à la CCI Versailles-Yvelines, au prochain CES Las Vegas : 
«  Nous espérons, d’ici le premier trimestre 2019, être capables de passer en phase de commercialisation à grande échelle. A ce stade, il est donc très important de faire parler de nous en France mais aussi sur différents marchés européens que nous visons en priorité : Belgique, Suisse, Espagne, Allemagne, Italie…. Nous attendons donc beaucoup de ce salon et de ses retombées médiatiques. »

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Le 19/10/2018