Des soldes d'été plombés par la crise

Pour 87% des commerçants parisiens, le chiffre d’affaires observé pendant les soldes d’été 2020 est inférieur à celui de l’année dernière. L’enquête soldes d’été 2020 menée par l'Observatoire économique régional (CROCIS) de la CCI Paris Ile-de-France auprès de plus de 400 commerçants parisiens du 28 au 31 juillet 2020 révèle un chiffre d’affaires au plus bas, une fréquentation en berne, des ventes en ligne privilégiées et une incertitude quant aux futurs comportements d’achats des consommateurs.

Un chiffre d’affaires au plus bas

Pour 83 % des commerçants interrogés, la hausse de chiffre d’affaires observée pendant les soldes d’été, par rapport à un mois normal, est au mieux égale à 20 %. 61 % d’entre eux n’ont même observé aucune hausse de chiffre d’affaires durant cette période normalement propice aux ventes. Pour 87 % des commerçants, ce résultat est inférieur aux soldes de l’été dernier. « Evidemment la crise sanitaire a porté un coup fatal à notre activité sur le premier semestre de l’année » affirme ce commerçant en maroquinerie de la rue de Rennes.
Un chiffre d’affaires au plus bas, une fréquentation en berne, des stocks élevés et un panier moyen en baisse (selon 72 % des commerçants). Au final, le résultat des soldes d’été est très décevant pour 79 % des commerçants parisiens.

Les conséquences néfastes de la crise sanitaire

91 % des commerçants parisiens interrogés déclarent avoir ré-ouvert dès le 11 mai, à la fin du confinement. Les 9 % restants n’ont pas attendu plus de deux semaines pour ré-ouvrir à leur tour, surtout parce qu’il leur fallait plus de temps pour organiser leurs magasins tout en respectant les mesures barrières. Par exemple, ce commerçant du VIIIème arrondissement a dû reconfigurer totalement son magasin pour que « les vendeurs viennent chercher les clients à l’entrée. »
De plus, la crise sanitaire a eu un impact sur la gestion des salariés : 71 % des commerçants parisiens interrogés ont été en mesure de reprendre leur activité avec l’ensemble de leur personnel d’avant crise, mais pas nécessairement à temps plein. Malgré la fin du confinement le 11 mai, 58 % des commerçants parisiens sont très insatisfaits de leur activité durant le premier semestre 2020.
41 % des commerçants parisiens pensent que la mise en place de mesures barrières a pu constituer un frein à la fréquentation des magasins. « Les mesures barrières sont moyennement respectées et nous devons les rappeler en permanence ; c’est très compliqué d’imposer la distanciation sociale » confirme l’un d’entre eux. Et c’est la fréquentation des magasins dans leur ensemble qui s’en ressent. Ce faisant, 10 % des commerçants interrogés pensent même à mettre fin à leur activité face aux difficultés rencontrées.

Le report des soldes en question

Le gouvernement avait imposé le report de la date de commencement des soldes au 15 juillet au lieu du 24 juin. Ce choix n’a pas eu les conséquences espérées et finalement 74 % des commerçants regrettent le décalage de la date des soldes : « c’était finalement une mauvaise idée car les Parisiens ont déserté la capitale dès le début du mois de juillet ; il n’y a presque pas de touristes cette année et les provinciaux ne se déplacent pas sur Paris à cause de la Covid-19. Ces dates sont bonnes pour les stations balnéaires, pas pour nous ! » conclut ce commerçant du XVIème arrondissement.
Un point positif émerge dans ce marasme ambiant : la durée des soldes passée de six à quatre semaines est perçue comme une avancée positive par les commerçants, même si l’effet ne se fait pas vraiment sentir en cette période. Au total, 81 % d’entre eux sont satisfaits de cette décision.

Des ventes privées pour attirer les clients

Même si les ventes privées nécessitent une organisation logistique avancée, elles se sont multipliées cette année : 63 % des commerçants parisiens en ont mis en place, généralement juste avant les soldes. Leur objectif principal était d’attirer les clients dans les magasins, avec des remises oscillant entre -40 et -50 %, au-delà des initiatives de fidélisation habituelles. Le résultat de ces opérations a été satisfaisant pour 46 % des commerçants parisiens, bien loin des standards de l’année dernière (80 % de satisfaction).
De là à remettre en question l’existence même des soldes ? Ce commerçant du XVIIIème arrondissement n’y croit pas : « nous sommes tous d’accord pour dire que les soldes ont encore un intérêt. C’est une période lors de laquelle nous pouvons déstocker les produits à perte si besoin. Cette période permet aussi d’attirer de nouveaux clients, et surtout il y a une certaine clientèle qui ne vient que pour les soldes. »

Le commerce en ligne a tiré son épingle du jeu

Les ventes par internet n’ont pas cessé durant le confinement. « Notre site a continué à bien fonctionner pendant le confinement, surtout parce que nous nous étions organisés pour assurer les livraisons, avec des délais allongés tout de même » confirme ce commerçant du secteur de l’habillement. Certains clients ont pris d’autres habitudes de consommation durant cette période et 58 % des commerçants interrogés pensent que dorénavant les clients qui achetaient en magasins préfèrent faire leurs achats sur internet. « Les clients n’apprécient plus l’expérience en magasin à cause des gestes barrières et du stress lié à la crise sanitaire, ils se réfugient donc en ligne » constate cet autre commerçant parisien. Ce faisant, certains d’entre eux, surtout des indépendants, font le choix de passer au numérique dès la rentrée afin « de pouvoir poursuivre l’activité en cas de nouveau confinement. »

Incertitudes pour l’automne

« La situation et l’incertitude n’encouragent pas les achats ». Cette crainte exprimée par un commerçant du quartier des Champs-Elysées résume l’état d’esprit général des commerçants parisiens. Néanmoins, 59 % d’entre eux restent optimistes pour les prochains mois car, dans le cas contraire, « autant mettre tout de suite la clé sous la porte » résument certains. Il est indéniable que les clients ont acheté différemment cette année après le confinement, il y a eu très peu d’achats impulsifs ou plaisir comme souvent avant les vacances d’été. Alors quid de l’avenir ? L’un d’entre eux conclut : « l’inquiétude plane encore et l’absence d’envie d’acheter est évidente ; nous ne savons pas du tout comment sera la rentrée ».

L’enquête soldes d’été 2020 a été menée par le Centre Régional d’Observation du Commerce, de l’Industrie et des Services (CROCIS) auprès de 300 commerçants parisiens du 28 au 31 juillet 2020, complétée par une centaine d’entretiens en face-à-face rue de Rennes.

Enquête détaillée téléchargeable ici

 

Le 05/08/2020
Contact