L’entreprise, comme si vous y étiez

Entretien avec Emilie Korchia (My Job Glasses)
My Job Glasses se veut le compagnon d'orientation professionnelle pensé pour les étudiants dès les premières années d'études post-Bac. La jeune startup, qui a rejoint l’incubateur HEC en mai 2016, souhaite à travers sa plateforme rapprocher les jeunes diplômés des professionnels pour les aider à trouver le métier qui leur correspond et booster leur employabilité́. Rencontre avec Emilie Korchia, co-fondatrice de l’entreprise.

Quelle est la vocation de votre site ?
Permettre à des jeunes en formation post-Bac de découvrir, pendant leurs études,  les différentes facettes des métiers auxquels ils peuvent se destiner et faciliter, de cette manière, leur orientation pour qu’ils puissent trouver leur vraie vocation.

Nous sommes partis d’un constat : aujourd’hui en France, un jeune sur deux quitte son premier emploi avant la fin de la première année. L’étude que nous avons conduite en 2017 avec l’institut Opinionway  est assez instructive à cet égard. Si un jeune sur deux quitte son premier emploi quelques mois après le début de son contrat c’est, dans 54 % des cas, parce qu’il n’a jamais eu l’occasion d’échanger auparavant avec un professionnel qui exerce son métier.

Contrairement aux personnes plus expérimentées qui s’appuient principalement sur leur réseau pour trouver leur futur job, les jeunes et les étudiants s’en remettent quasi-exclusivement aux petites annonces pour trouver leur premier emploi. Ils répondent  à des annonces qu’ils ne comprennent pas toujours bien. Lorsqu’ils décrochent un entretien d’embauche, ils vont principalement se concentrer sur la valorisation de leurs compétences par rapport au poste et se renseignent rarement en détail sur les contingences du métier qu’ils vont exercer.

C’est lorsqu’ils entrent en fonction qu’ils découvrent finalement la réalité de leur poste et ses contraintes.  Contrairement aux générations qui les ont précédés, les millenials n’attendent pas longtemps pour savoir si un job leur correspond ou non. Ils sont en mode « test and learn ».  Si cela ne leur plait pas, ils partent. On a donc, d’un côté, des jeunes insatisfaits parce qu’ils ne se retrouvent pas dans le job qu’ils exercent et, de l’autre, des entreprises qui ont investi de l’argent en pure perte sur un candidat.

Comment faire pour changer la donne chez les jeunes ?
Il faut permettre au jeune de passer une heure avec un professionnel pour qu’il lui explique son métier en toute transparence en abordant aussi bien les aspects positifs que les contraintes et exigences de l’activité. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, cela n’incite pas forcément les jeunes à fuir ensuite tel ou tel poste. Ils sont plutôt contents qu’on leur ait fait confiance en leur expliquant en toute franchise les différentes facettes d’un métier.

Et si demain il signe un contrat et rejoint l’entreprise, ce sera en toute connaissance de cause et en ayant accepté les contraintes auxquelles il pourra être confronté.

Et les employeurs y trouvent-ils également leur compte ?
My Job Glasses permet aux entreprises de mieux faire connaitre leurs métiers, de s’appuyer sur les talents qui composent l’entreprise au quotidien pour mettre en avant la diversité des activités, des postes, des profils.

Quand on pense par exemple Air France, c’est principalement pour devenir hôtesse, steward ou pilote de ligne, rarement pour postuler pour un poste dans l’IT. En nous rejoignant, Air France va pouvoir mettre en place des ambassadeurs qui vont représenter l’ensemble de ses métiers. L’étudiant qui est intéressé par l’IT  va donc pouvoir découvrir, à travers une recherche métier, qu’il y a du travail dans plein d’entreprises, y compris chez Air France, une société à laquelle il n’aurait pas forcément pensé.

L’idée est aussi d’inciter des jeunes filles à aller vers des métiers réputés à tort comme étant plutôt masculins, en mettant par exemple en avant des précurseuses dans l’entreprise. Notre service permet aussi à certaines entreprises de promouvoir, par exemple, le handicap au travail et de donner aux jeunes la possibilité de se dire : pourquoi pas moi ? 

Avec quels types d’entreprises travaillez-vous ? 
Pour nous, il est important que les jeunes aient une visibilité sur tous les métiers et tous les types d’entreprises. Nous travaillons donc aussi bien avec des entreprises privées - des grands groupes et des ETI principalement- qu’avec des entreprises publiques comme la Sécurité sociale, l’un de nos principaux clients. Rendre la Sécu un peu plus « sexy » auprès des jeunes, c’était un vrai challenge, mais nous avons relevé le défi et la plupart des étudiants étaient assez surpris de la diversité des métiers proposés par cet organisme. 

Quel est votre modèle économique ? 
My Job Glasses est entièrement gratuit pour les jeunes et pour les établissements de formation supérieure. Ce sont les entreprises qui nous rémunèrent en fonction du nombre d’ambassadeurs qu’elles vont mettre en avant sur la plateforme.

Que vous apportent l’incubateur HEC et Station F ? 
Lorsque nous avons rejoint l’incubateur HEC, nous étions 3. Nous n’avions pas à l’époque les mêmes problématiques que maintenant. Puis il a fallu embaucher pour avancer et même si nous avions managé des équipes auparavant dans de grands groupes, c’est bien différent lorsque vous recrutez pour vous-même. Vous ne connaissez pas encore vraiment votre produit et comment il va grandir. Vous faites des erreurs, forcément. Donc c’est important de s’appuyer sur des experts au sein de l’incubateur HEC ou de pouvoir recourir à des jeunes de l’école qui vont nous accompagner sur ce projet.

Au-delà de l’incubateur, nous avons également la possibilité d’échanger sur place avec d’autres startups ou profiter également d’un réseau de plus de de 250 experts présents à Station F.

Où en est la plateforme aujourd’hui ?
Elle rassemble plus de 15 000 professionnels qui dialoguent régulièrement avec des jeunes avec une moyenne de  20 000 échanges de messages par semaine. Nous nous déplaçons aujourd’hui dans de nombreuses écoles et universités partenaires pour former les jeunes à la démarche réseau et les inciter à utiliser notre outil. Chaque étudiant s’engage dans ce cadre à rencontrer via la plateforme 3 professionnels en l’espace de trois mois. Cela permet ainsi d’offrir un réseau professionnel à tous ces jeunes, quel que soit leur milieu social ou leurs relations personnelles.

Nous envisageons d’ouvrir prochainement cette plateforme aux jeunes en CAP-BEP et peut-être, à terme, aux demandeurs d’emplois et à des salariés en quête d’une évolution ou d’une reconversion professionnelle.

En savoir plus :

 

Le 10/01/2019