Reprendre plutôt que créer une entreprise : le choix de Delphine Desaulles
Après un parcours international dans le luxe puis le conseil, Delphine Desaulles a décidé de reprendre une entreprise. Accompagnée par la CCI Paris Ile-de-France dans sa recherche de cibles, elle a repris, en décembre 2025, l’Atelier K2M, spécialisé dans la tapisserie d’ameublement sur mesure. Elle revient sur son parcours, les différentes étapes de son projet et le rôle déterminant joué par la CCI.
Quel a été votre parcours avant de reprendre l’Atelier K2M ?
Après un début de carrière dans le secteur du luxe à New York, notamment chez LVMH, j’ai poursuivi mon parcours en Asie en tant que consultante. De retour en France en 2021, j’ai poursuivi mes missions de conseil tout en enseignant le marketing à l’ESSEC Business School.
En 2023, un ami m’a proposé de reprendre une entreprise dans le secteur du luxe. L’opération ne s’est finalement pas faite, mais j’ai été séduite par l’idée de développer mon propre projet dans un environnement artisanal. La reprise me paraissait aussi moins risquée que la création. Elle permet d’étudier les comptes, le marché, les clients et les compétences présentes dans l’entreprise avant de s’engager.
Pourquoi avez-vous fait appel à la CCI Paris Ile-de-France ?
J’ai consacré environ un an à ma recherche. Dans un projet de reprise, il est essentiel d’étudier beaucoup de dossiers. Pour augmenter ses chances de trouver la bonne entreprise à reprendre, mais aussi pour préciser progressivement ses critères : le secteur d’activité, la localisation, le niveau d’investissement ou encore la taille de la structure recherchée. C’est la personne qui me conseillait sur les aspects financiers qui m’a orientée vers la CCI Paris Ile-de-France pour structurer ma recherche de cibles.
J’ai alors rencontré Géraldine Aubert, conseillère en transmission-reprise d’entreprise. Ensemble, nous avons établi une fiche de cadrage, défini les codes d’activité que je ciblais ainsi que la zone géographique dans laquelle je souhaitais chercher. La CCI m’a ensuite transmis des listes d’entreprises susceptibles de correspondre à mes critères, notamment sur le « marché caché », c’est-à-dire des entreprises qui ne sont pas officiellement à vendre, mais dont le dirigeant pourrait envisager une transmission en fonction de l’offre.
Concrètement, que vous a apporté cet accompagnement ?
À partir de ces listes, je sélectionnais les entreprises qui m’intéressaient. Géraldine Aubert pouvait alors contacter leurs dirigeants au nom de la CCI et leur proposer un échange autour d’une éventuelle transmission. Le fait que le courrier émane de la CCI apportait de la crédibilité à ma démarche. Je n’étais pas en première ligne et les discussions pouvaient s’engager avec davantage de neutralité.
La recherche d’une entreprise peut être longue, solitaire et parfois décourageante. Le fait d’échanger régulièrement avec Géraldine Aubert, de faire le point sur mes démarches et sur les dossiers étudiés m’a permis de rester dans une bonne dynamique. Elle m'a également mise en relation avec d'autres conseillers. Après l’étude d’un premier dossier qui ne correspondait finalement pas à mes critères, l'une d'entre eux m’a parlé d’une autre entreprise, plus petite, susceptible de m’intéresser. Et elle m’a mise en relation avec le cédant de K2M. C’est donc par la CCI que j’ai accédé à l’entreprise que j’ai finalement reprise.
La CCI est-elle également intervenue dans les discussions avec le cédant ?
La conseillère chargée du dossier a facilité le début des échanges et de la négociation de la manière la plus neutre possible. Elle s’est ensuite retirée lorsque les avocats ont pris le relais, mais son intervention a permis d’amorcer le dialogue. J’ai apprécié de pouvoir m’appuyer sur une structure neutre, dont la rémunération ne dépendait pas de la taille de l’entreprise reprise. J’ai senti que les personnes qui m’accompagnaient étaient réellement investies dans les enjeux de la reprise et de la transmission.
Quelle est l’activité de l’Atelier K2M ?
L’Atelier K2M est spécialisé dans la confection de tapisserie d’ameublement sur mesure. Nous travaillons principalement en BtoB pour des hôtels et des bureaux, généralement par l’intermédiaire d’architectes d’intérieur. Nous réalisons également quelques projets pour des particuliers. Lorsque j’ai repris l’entreprise, elle s’appelait K2M Décoration. Je l’ai rebaptisée Atelier K2M, car son essence réside vraiment dans l’atelier, le travail manuel et le savoir-faire artisanal. Ce changement traduit aussi le travail que je souhaite mener autour de la marque : reprendre un existant solide, le valoriser et le faire évoluer.
Comment l’Atelier K2M évolue-t-il depuis la reprise ?
La première phase a consisté à découvrir l’entreprise, son équipe, ses clients et son fonctionnement. Nous avons déménagé l’atelier de Montreuil à Paris. Cette opération a été intense, car nous avons maintenu les chantiers en cours tout en aménageant les nouveaux locaux. Mais nous disposons aujourd’hui d’un atelier plus grand qui nous permet d’accroître nos capacités de production.
Nous avons connu un démarrage soutenu, porté par de beaux projets. Nous avons également recruté une alternante issue des Compagnons du Devoir et intégré une personne basée à Aix-en-Provence pour prendre en charge les chantiers dans le sud de la France. Après une année 2026 largement consacrée à l’organisation et à la consolidation de l’entreprise, mon prochain défi sera de reprendre pleinement le développement commercial dont le cédant a continué à s’occuper jusqu’à présent.
J’ai beaucoup d’idées, mais je souhaite avancer par étapes, rester réaliste et consolider l’existant avant d’accélérer.