Les bazars à bas prix (discount non alimentaire) en Ile-de-France : un marché très concurrentiel sur fond de crise du pouvoir d’achat

Enjeux Ile-de-France n°262

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Les bazars connaissent depuis quelques années un regain d’intérêt de la part des consommateurs. Ces derniers proposent une large gamme de produits du quotidien : proposés à des prix extrêmement compétitifs par rapport aux circuits traditionnels.

On dénombre 960 bazars en Ile-de-France ; 29 % des bazars sont situés à Paris (276 points de vente) et 15 % en Seine-Saint-Denis (140) (Recensement de l’équipement commercial, CCI Paris Ile-de-France-APUR Mairie de Paris, 2023).

Un secteur dopé par des années d’inflation

Après la crise sanitaire, l’inflation a provoqué d’importantes tensions sur le pouvoir d’achat des consommateurs, offrant un contexte très favorable aux commerces à bas prix. Même si les bazars existent depuis longtemps le secteur s’est modernisé sous l’impulsion notamment d’enseignes étrangères qui se sont lancées sur le marché français où elles ont apporté de la nouveauté.

Prix bas et efficacité logistique

Pour réussir à afficher des prix si bas, les enseignes de s’approvisionnent auprès de fournisseurs à très bas prix, le volume d’achats doit donc être le plus élevé possible pour donner du poids à l’enseigne lors des négociations.

Les enseignes qui enregistrent les meilleurs résultats font preuve d’une grande efficacité opérationnelle et logistique et traquent les coûts intermédiaires avec une grande rigueur, dans une logique de « low cost ». C’est pour atteindre une taille critique que les enseignes ont multiplié les ouvertures de magasins ces dernières années, quadrillant de plus en plus étroitement le territoire.

Texte

Une croissance rapide du parc

La plupart se sont implantées en priorité dans les zones commerciales de périphérie parisienne, où le pouvoir d’achat de la population est plus faible, les loyers peu élevés et où de plus grandes surfaces sont disponibles. Depuis 2018, le nombre de bazars a augmenté de 12 % en Ile-de-France, soit 104 établissements supplémentaires. Toutefois l’évolution est contrastée selon les départements.

Une expansion accélérée via des opérations de croissance externe

Cette stratégie d’expansion rapide du parc s’est faite en partie via le rachat de points de vente déjà existants, appartenant à des enseignes en difficulté.

Le cas particulier de Paris

Il faut noter le cas particulier que représente Paris dans la stratégie d’implantation de ces bazars : de grandes enseignes se tiennent à l’écart de la capitale alors qu’elles sont très présentes en Ile-de-France. La raison principale réside probablement dans la cherté des loyers parisiens.

Vers un redéploiement dans les centres-villes ?

Aujourd’hui le maillage du territoire francilien est assez avancé et les enseignes qui privilégiaient les zones périphériques commencent à diversifier leur politique d’implantation en abordant les centres-villes des zones urbaines. Elles le font toutefois avec prudence.

Action leader en nombre d’enseignes

Depuis 2018 on assiste à un fort développement des chaines de magasins dans le secteur : en 2018, 19 % des établissements appartenaient à une des dix premières enseignes du secteur (en nombre de points de vente dans la région). En 2023 ce pourcentage est passé à 31 %.

Un marché hyperconcurrentiel en voie de consolidation

Le secteur du bazar à bas prix est désormais hyperconcurrentiel et, après des années de forte expansion, le marché pourrait commencer à marquer le pas car désormais la rentabilité baisse. Certaines enseignes traditionnelles rencontrent de réelles difficultés face aux nouveaux acteurs étrangers.

Il est probable que les opérations de croissance externe qui remodèlent régulièrement le secteur se poursuivent et qu’une consolidation s’effectue autour de quelques grandes enseignes. Cette consolidation permettrait notamment aux acteurs restant sur le marché d’atteindre une taille critique qui facilite les négociations et de rentabiliser les investissements cruciaux faits en matière de logistique.

Un des grands enjeux que devra aborder le secteur sera de prendre en compte ses responsabilités sociétales, les problématiques environnementales en particulier (approvisionnement responsable, décarbonation, recyclage) qui sont à ce jour encore assez peu explorées.

Auteur : Bénédicte Gualbert

Juin 2025

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