Zone à trafic limité dans Paris Centre

Concilier environnement urbain apaisé et activité économique

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La recherche d’un environnement urbain apaisé est une préoccupation légitime. Attention cependant à ce que cela ne conduise pas à un déséquilibre entre les différentes fonctions de la ville (habitat, commerce, etc.) ! Or l’instauration depuis le 5 novembre 2024 d’une « Zone à trafic limité » (ZTL) au cœur de Paris soulève de fortes inquiétudes pour l’activité commerciale.

La ZTL interdit le trafic de transit dans le centre de Paris. L’objectif affiché est le rééquilibrage du partage de l’espace public au profit des modes actifs (type vélo) et l’amélioration du cadre de vie : moins d’embouteillages, moins de bruit, moins de pollution…

Quand au printemps 2024, la CCI Paris Ile-de-France avait consulté les associations de commerçants de la zone et de ses abords à propos du projet de ZTL, il ressortait un sentiment général de résignation. Point positif, 90 % des personnes interrogées étaient informées du projet de ZTL. En revanche, le même pourcentage se déclarait inquiet, seulement 1/3 pensaient que la ZTL n’auraient pas d’impact sur leur activité et 1 personne sur 10 uniquement que cela aurait un impact positif.

ZTL sondage

On peut regretter certaines modalités de mise en œuvre de la ZTL, notamment sur l'enquête publique qui a lieu du 11 avril au 13 mai 2024, une période de vacances scolaires pour la zone C (11 au 26 avril) et ponctuée de jours fériés et de ponts… Un choix de dates peu propice à de parfaites information et participation à l’enquête publique.

Pour autant le monde économique veut faire œuvre constructive. D’autant que les entreprises et les commerces sont bien référencés comme des ayants droits permanents de la zone à trafic limité, pouvant à ce titre circuler librement dans et hors de cette zone. De même , les livreurs, fournisseurs et clients seront autorisés à accéder à la zone.

Une possible mutation du paysage commercial

Ces dernières années, on a pu observer que des entreprises franciliennes rechignaient déjà à intervenir à Paris pour des raisons d’accessibilité, de circulation, de stationnement… Un phénomène que la ZTL pourrait accentuer.

Cela s’ajoute au risque de "muséification" de Paris avec, d’un côté, une baisse des activités productives et, de l’autre, une saturation de la fréquentation touristique dans le centre historique. D’où la crainte d’une baisse de la diversité commerciale avec une réorientation des commerces en direction de la clientèle touristique. Ceux qui en pâtiront seront les habitants et personnes qui travaillent dans le centre.

L’effet report sur la circulation

Selon l’étude d’impact de la ZTL, les bénéfices en termes de circulation, de pollution et de bruit se révèlent généralement positifs à l'intérieur de la zone, et plutôt négatifs à l'extérieur (arrondissements voisins) là où se reporterait le trafic.

Concrètement, au lieu de réduire de manière globale les externalités négatives de la circulation automobile, la ZTL entraînerait une redistribution géographique des nuisances, créant des zones "gagnantes" et des zones "perdantes".

Citation Soumia Malinbaum

 

Des modalités de mise en œuvre et de contrôle à préciser

Les modes de transports actifs (ex : vélos) ne sont pas soumis aux restrictions de circulation, de même que les véhicules bénéficiant de dérogations (véhicules d'urgence et de secours, bus, taxis, VTC, livreurs, professionnels mobiles et détenteurs de la carte mobilité inclusion…). De plus, le trafic de destination est autorisé : les résidents et leurs invités, les travailleurs de la ZTL, les entreprises, leurs clients, leurs fournisseurs

Pour autant les modalités exactes de mise en œuvre de la ZTL dans le temps demeurent floues, en particulier sur les procédures de contrôle. La vérification éventuelle des motifs légitimes d'accès pourrait compromettre la spontanéité et la fluidité des déplacements.

Adapter le dispositif en fonction des caractéristiques horaires des mobilités

La ZTL compte sur son territoire un grand nombre d’établissements de spectacle vivant, de concert, de théâtre, et de lieux festifs nocturnes, à des horaires durant lesquels l’alternative en transports en commun est très réduite, voire impossible.

La ZTL de Paris pourrait dans ce contexte s’inspirer de plusieurs ZTL d’autres métropoles françaises, voire de d’autres pays comme en Italie et appliquer un système différencié en semaine et en soirée. Pour plus de lisibilité les horaires pourraient être calés sur les horaires actuels de la ZFE (Zone à faible Emission), c’est-à-dire de 8h à 20h. Une donnée que la plupart des applications de navigation sont aujourd’hui en mesure d’intégrer.

   

Citation Restino

 

L’articulation avec les plans de circulation

Il existe actuellement une multiplicité de dispositifs. S’ils partent tous d’une louable intention, ils finissent par a minima créer de la confusion : zone à faible émission (#ZFE), zones 30 km/h, zones piétonnes, rues aux écoles, Paris respire, etc.

Tout cela ne favorise pas la lisibilité et l’appropriation par les usagers. Sans compter que les impacts de telles mesures vont au-delà du Périphérique. Plaidons pour une coordination à l'échelle régionale des mesures de restriction de circulation dans le cadre du Plan des Mobilités Ile-de-France.

Contact expert : Clotilde YEATMAN

novembre 2024

   

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