La ressource en eau

Un enjeu stratégique pour les entreprises franciliennes

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L’eau est devenue une ressource stratégique pour les entreprises. Pourtant, en Île-de-France, ces dernières intègrent encore peu cet enjeu, alors même la thématique hydrique est cruciale pour leur activité. Comment mieux prendre en compte les multiples défis posés par la gestion de l’eau ? Pour la CCI Paris Île-de-France cela passe par une sensibilisation des acteurs économiques, un état des lieux de la disponibilité et des usages ainsi que l’identification de leviers favorisant un usage plus durable de l’eau.

   

Renforcer les savoirs et la mobilisation autour de la ressource eau

Dans un contexte de tensions mondiales croissantes sur la ressource en eau, l’Île-de-France est aujourd’hui relativement sécurisée grâce à une gestion coordonnée et le soutien d'étiages des lacs-réservoirs. La région apparaît toutefois vulnérable à moyen terme : qualité de l'eau en recul, multiplication probable des jours de canicule et de sécheresse des sols d'ici 2040-2100, coûts économiques croissants, etc.

Or, les données sur les prélèvements et consommations restent mal identifiées et fragmentées. Quant aux entreprises franciliennes, elles présentent un important déficit de connaissance de leurs usages et consommations d’eau. Selon une enquête du Crocis, 65 % d’entre elles ne connaissent pas leur consommation annuelle et 62 % n’ont pas identifié les activités ou postes les plus consommateurs. Autant de limitations de leur capacité à agir.

Plusieurs pistes pour remédier à ces faiblesses, notamment :

  • Améliorer la lisibilité des données existantes sur l'eau : Les bases de données (Banque Hydro, ADES, Naïades, BNPE, SISPEA…) sont nombreuses mais techniques et peu harmonisées. Il convient d’en faciliter l'accès et d’en adapter la communication aux publics (décideurs, élus, citoyens, investisseurs)
  • Inciter les acteurs économiques à établir un bilan hydrique, en cartographiant leurs points de prélèvement et leurs processus consommateurs. C’est toute une culture du risque qui doit se développer également
  • Anticiper l'évolution des besoins d'eau pour les secteurs économiques stratégiques (data centers, nucléaire...)

Consolider la gouvernance et améliorer la lisibilité du cadre normatif

   

Infographie eau

 

Le cadre juridique de la gestion de l’eau est particulièrement complexe, en raison d’une part de la multiplication des normes européennes et nationales et, d’autre part, de l’intervention de nombreux acteurs territoriaux. Résultat : une superposition de niveaux d’intervention et des responsabilités parfois difficiles à identifier. Ainsi :

  • Au niveau européen : directives relatives à l'eau renforçant, entre autres, le principe du pollueur-payeur pour les micropolluants, directive CSRD qui établit un reporting durabilité sur l'eau…
  • Au niveau national : la loi sur l'eau de 1992 suivie depuis lors de nombreux textes comme, pour les plus récents, le Plan Eau (mars 2023) et la loi de février 2025 qui prévoit une interdiction progressive des PFAS avec une redevance dédiée, la loi d'urgence agricole d'août 2026
  • Au niveau du Bassin Seine-Normandie, le SDAGE (schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux) 2022-2027, en cours de révision
  • Au niveau local, les SAGE déclinent ces orientations (11 en Île-de-France en 2026)

Les évolutions législatives et réglementaires, si elles sont absolument indispensables à la préservation de la ressource eau, peuvent néanmoins créer une insécurité juridique. Les entreprises ont besoin de stabilité quant aux conditions d'accès à la ressource, aux projets de stockage de l'eau, ainsi qu'aux équilibres entre les exigences environnementales et les besoins de développement des activités économiques.

Dans ces conditions, la CCIR recommande de :

  • Répartir équitablement les efforts de sobriété entre les acteurs. En tenant compte des volumes réellement consommés et des actions déjà engagées (logique ERC : éviter, réduire, compenser), afin que les obligations et hausses tarifaires ne pèsent pas de façon répétée sur les mêmes catégories d'acteurs ;
  • Fonder l'évolution des normes de qualité sur une évaluation coûts/bénéfices proportionnée. Les capacités de détection des laboratoires progressent plus vite que la connaissance des risques sanitaires réels ; évitons une extension continue des obligations sans bénéfice environnemental proportionné ;
  • Renforcer l'implication des entreprises dans les instances de gouvernance de l'eau car les acteurs économiques y restent sous-représentés, ce qui peut conduire à des politiques déconnectées des réalités opérationnelles, freiner l'adhésion et limiter la mobilisation de solutions innovantes.

Adapter le modèle économique de l'eau et son application territoriale

L'eau est une ressource au croisement de nombreuses politiques sectorielles (urbanisme, énergie, agriculture, environnement). Sa gestion reste largement sectorielle et cloisonnée, freinant les synergies entre acteurs, alors même que l'essor d'activités fortement consommatrices d'eau appelle à repenser l'accès à la ressource, notamment via des solutions alternatives à l'eau potable.

 

Citation DM ressource en eau

 

D’où le besoin de mieux coordonner les politiques publiques ayant un impact sur l’eau dans l’optique d’éviter les contradictions entre les objectifs relatifs à l’aménagement, au développement économique, à l’agriculture, à l’énergie et à la protection de la ressource. Une approche transversale et interministérielle permettra d’articuler et concilier davantage les différents enjeux.

Sur le plan tarifaire, le prix moyen de l'eau en France (4,69 €/m³ en 2024) a augmenté de 28 % depuis 2010 et pourrait encore croître de 30 à 50 % d'ici 2030-2035. L'Île-de-France se situe dans la moyenne nationale. Selon l’enquête du Crocis, plus des 2/3 des dirigeants interrogés ignorent le prix du m³ dans leur département et jugent le système de facturation complexe et peu lisible. Un format harmonisé (consommation, période, montant, prix du m³, parts fixe/variable) améliorerait la transparence. Il pourrait au demeurant s'appuyer sur les obligations en matière d’émission/réception de facturation électronique prévues pour 2026 et 2027.

Toujours en matière tarifaire, la CCIR appelle à reconsidérer l'objectif de généralisation de la tarification progressive et à opérer la distinction entre usages domestiques et usages économiques.

Préserver la ressource et accélérer la transition vers plus de sobriété

Capteurs intelligents, analyse prédictive, filtration nouvelle génération… sont autant d’innovation technologique porteuses de réduction des consommations d’eau et des pollutions, de détection des fuites, d’optimisation des usages. Une accélération est ici d’autant plus nécessaire que la France est en retard sur plusieurs domaines, telle la réutilisation des eaux usées traitées : moins de 1 % chez nous, contre environ 10 % en Italie et 12 % en Espagne.

D’où l’encouragement à intensifier la recherche et développement et à rapprocher entreprises, universités, centres techniques et structures d’innovation afin d’accélérer le passage des solutions expérimentales au déploiement opérationnel. Les technologies numériques, les systèmes de filtration et les procédés de traitement moins énergivores doivent notamment contribuer à réduire les pertes sur les réseaux et à optimiser les usages.

Usage de l’eau déclaré par les entreprises franciliennes

 

Concernant les entreprises, leur prise de conscience de la dépendance à la ressource et aux risques associés varie selon leur taille, leur niveau de dépendance et leur degré d’exposition. En Île-de-France, dans le cadre de l'enquête précitée du Crocis, 66 % des entreprises répondantes considèrent que la gestion de l'eau n'est pas un sujet de préoccupation.

L’accompagnement des entreprises constitue donc un axe central de la protection de la ressource hydrique. Les CCI et les fédérations professionnelles, à côté d’autres relais de proximité, pourraient ici diffuser les bonnes pratiques et faciliter l’accès aux dispositifs existants. Un accompagnement qui comprendrait, par exemple, des diagnostics de consommation, l’identification des leviers d’économie, la mise en relation avec des prestataires spécialisés et l’orientation vers les financements adaptés.

Enfin, le secteur de l’eau fait face à un double défi : répondre à des besoins croissants de recrutement et accompagner l’évolution rapide des compétences sous l’effet des transformations écologique, numérique et règlementaire. La CCIR appelle à renforcer l’attractivité des métiers techniques de l’eau et à veiller au développement des compétences nécessaires pour répondre aux besoins du marché.

 

Pour en savoir plus :  

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Auteur : Dominique Mocquax
Expert : Andréa Ribeiro

 

septembre 2026

   

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