De fortes démarques pour inciter le consommateur aux achats malgré le contexte incertain
La période des soldes d’hiver s’ouvre aujourd’hui pour les commerces, en boutiques et sur internet : pendant 4 semaines, jusqu’au 4 février, les commerçants parisiens vont pouvoir proposer des prix réduits afin d’écouler leurs stocks. La météo hivernale pourrait jouer un rôle positif en poussant les consommateurs à s’équiper en articles adaptés, mais le contexte économique incertain n’est pas favorable à la consommation. Les commerçants ont donc fait de fortes démarques dès le premier jour.
La période de soldes d’hiver représente habituellement pour les commerçants un chiffre d’affaires supérieur aux soldes d’été car les pièces vendues ont une valeur supérieure (manteaux, bottes…).
C’est donc un moment important pour les commerces parisiens : pour les indépendants en particulier, elle permet d’écouler les invendus et de remettre à flot la trésorerie, afin de pouvoir commander les articles de la nouvelle collection. Mais depuis plusieurs années, « l’effet soldes » s’est considérablement émoussé et fait face à la concurrence du Black Friday, qui lance fin novembre le début des achats de Noël et, surtout, des ventes privées proposées dès le 26 décembre par quasiment toutes les grandes chaines et les sites internet. Cette année, quelques enseignes avaient même lancé ces ventes privées avant Noël, dès le 15 décembre.
Des commerçants inquiets
Les commerçants parisiens ont fait part aux enquêteurs du Crocis de leur inquiétude en raison des difficultés récurrentes de pouvoir d’achat : « Le Black Friday avait très bien marché, mais je crains qu’après les achats de Noël les gens n’aient plus de budget à consacrer aux soldes » a déclaré au Crocis la gérante d’une boutique du 8ème arrondissement. Certains commerçants déplorent une date de démarrage des soldes trop précoce. La Confédération des Commerçants de France a d’ailleurs appelé très récemment à une révision de leur calendrier. Mais aucune proposition ne semble faire consensus auprès de l’ensemble des commerçants.
Le contexte politique et économique incertain pourrait également inciter les consommateurs à la prudence et freiner leurs achats. « L’ambiance n’est pas vraiment favorable aux achats » plaisir » » souligne la responsable d’une boutique d’habillement multimarques du 6ème arrondissement.
De forts rabais dès les premiers jours
Les commerçants ont donc voulu proposer des rabais conséquents dès les premiers jours afin d’intéresser les consommateurs et de déclencher chez eux l’acte d’achat, car ces premiers jours sont décisifs. Les enquêteurs du Crocis ont ainsi observé en ce premier matin de soldes des ristournes de 40 à 50 % (Zara, MKT Studio, Gérard Darel, Maison 123, André, Eram, Caroll).
Mais chaines et indépendants ne sont pas dans la même situation : « Les consommateurs sont sans cesse à la recherche de plus gros rabais, mais un indépendant ne peut proposer les énormes rabais qu’on voit chez de grandes enseignes », indique le gérant d’une boutique d’habillement masculin. « Nos démarques sont à -20 et-30 % au maximum, et exceptionnellement à - 50 % sur quelques pièces qui sont difficiles à vendre ».
La météo hivernale pourrait doper les achats
Les températures très basses observées depuis quelques jours pourraient toutefois jouer un rôle positif pour les commerçants : en effet, le froid pourrait pousser les consommateurs à s’équiper en manteaux, pulls, et bottes fourrées. Ces grosses pièces, plus chères que la moyenne, permettraient alors aux commerçants parisiens de réaliser de bonnes opérations. L’annonce du ralentissement de l’inflation pourrait inciter les clients à desserrer les cordons de leur bourse. Les touristes étrangers - Asiatiques et Américains notamment- sont particulièrement nombreux dans la capitale depuis les vacances de la Toussaint (+ 15 % d’arrivées internationales depuis le 1er novembre, Office du Tourisme), grâce notamment à l’ « effet JO » et à la réouverture de Notre-Dame.
Ils disposent d’un pouvoir d’achat élevé et pourraient également jouer un rôle positif dans la réussite de cette saison de soldes. Mais certains commerçants craignent que le froid ne favorise surtout les centres commerciaux et les grands magasins parisiens, ainsi que les achats en ligne. Une affluence modérée mais réelle constatée par les enquêteurs du Crocis dans les boutiques incite toutefois à un certain optimisme.
Enquête réalisée par le CROCIS de la CCI Paris Ile-de-France le 8 janvier 2025 auprès d’une trentaine de commerçants parisiens. Le 4 février 2025, le CROCIS dressera un bilan définitif des résultats des soldes à partir d’une enquête réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 300 commerçants parisiens, complétée par 50 entretiens en face-à-face, qui appréciera le succès des soldes d’hiver 2025 dans les commerces parisiens.
Bénédicte Gualbert
Janvier 2025
