Déclinaison régionale du plan d'action national sur la planification écologique
Contribution à la COP de l'Ile-de-France
Quelles sont les ambitions de l’Ile-de-France en matière de planification écologique ? C’est à la COP (« Conférence des parties ») co-présidée par la Région Ile-de-France et la Préfecture d’Ile-de-France, qu’il revient de les arrêter. D’où la tenue fin 2024 de nombreuses réunions-débats avec les parties prenantes. Autant d’occasions pour la CCI Paris Ile-de-France de faire entendre la voix des entreprises et du monde économique.
Concilier transition environnementale et activité économique
Le plan national d’action de l’Etat est une feuille de route pour la planification écologique reposant sur trois grands objectifs à atteindre d’ici 2030 : réduire de 55 % les émissions de gaz à effet de serre, préserver la biodiversité et les ressources et s’adapter au changement climatique (selon un scénario à +4° en 2100).
Ce plan, lancé en 2023, repose sur 52 leviers organisés autour de 6 thématiques : mieux se loger, mieux se nourrir, mieux se déplacer, mieux consommer, mieux produire et mieux préserver et valoriser nos écosystèmes. Les 14 COP régionales françaises sont chargées de sa déclinaison dans les territoires.
Une territorialisation des discussions à saluer mais qui n’a pas évité certains écueils : lors des différentes réunions-débats qui se sont tenues dans le cadre de la COP Ile-de-France, les problématiques rencontrées par les acteurs économiques n’ont malheureusement été que peu abordées. Or, les entreprises se sont saisies de longue date -et parfois sans attendre les injonctions des pouvoirs publics- des questions environnementales. Elles sont par exemple nombreuses à posséder des plans internes de gestion des ressources, des approvisionnements, des risques afin d’assurer la pérennité de l’activité.
Pourtant, activité économique préservée et sauvegarde des ressources ne sont pas deux objectifs inconciliables, loin de là. Aux pouvoirs publics maintenant de ne pas négliger le premier, à plus forte raison dans un contexte de défense de l’attractivité de nos territoires.
Sur l'industrie
Contrairement à une idée reçue, l’industrie n’est pas le premier poste d’émission de gaz à effet de serre en Ile-de-France ; le bâtiment, la logistique et les transports sont loin devant.
D’ailleurs ce secteur, qui est particulièrement surveillé dans une région densément peuplée, s’est très tôt pris en main. Les actions de décarbonation déjà menées ont montré que la réindustrialisation n’était pas incompatible avec l’adaptation au changement climatique.
La Région ne s’y est pas trompée en prévoyant dans le SDRIF-E le verdissement du territoire francilien tout en sanctuarisant 14 000 hectares pour des projets industriels. D’autres actions sont à encourager en parallèle.
- Les économies de foncier notamment : en favorisant le recyclage du foncier, on limite l’artificialisation des sols. La CCIR propose ici de créer des indicateurs, à l’échelle nationale ou pour le moins régionale, propres à fixer des critères communs de réversibilité du bâti
- Le renforcement des sites industriels « clefs en mains », système vertueux par excellence qui permet, entre autres qualité, d’identifier des terrains susceptibles de recevoir des projets industriels sans polluer davantage
- L’accompagnement des entreprises, notamment des PME/TPE par des dispositifs tel le « programme compétitivité et décarbonation de l’industrie »
Sur l'énergie
Voici bien deux enjeux forts pour l’Ile-de-France : garantir un accès sécurisé à la ressource énergétique dans les territoires et rendre la région plus autonome tout en décarbonant cette ressource. D’autant qu’elle reste très dépendante avec une production locale particulièrement faible : 86% de l’énergie consommée en Ile-de-France est importée.
Les réflexions sur la planification écologique ne peuvent dès lors occulter le besoin d’assurer cet accès sécurisé aux entreprises, un accès qui doit être le plus large possible et accorder une place croissante aux énergies renouvelables.
La stratégie doit ainsi s’appuyer sur l’évolution des besoins des activités (mobilité électrique, data centers, etc.), le soutien à la R&D sur les formes d’énergie alternatives (méthanisation, hydrogène vert, etc.), l’encouragement des plans favorisant la sobriété énergétique, l’aide aux filières innovantes...
Sur le bâtiment tertiaire et le logement
Le secteur du bâtiment est le premier vecteur d’émission de gaz à effet de serre en Ile-de-France. La COP régionale l’a donc particulièrement ciblé en termes de marge de progression même si les entreprises s’attellent déjà à construire « sobre ».
Aussi, la démarche de rénovation des bâtiments tertiaires doit-elle s’inscrire dans un projet urbain global décliné à l’échelle régionale, dans le SDRIF-E, puis aux échelles intercommunales et communales. Un projet devant donc prendre en compte plusieurs paramètres inscrivant l’immobilier tertiaire dans une volonté de transition écologique comme de bien-être environnemental des occupants, qu’ils demeurent dans le secteur tertiaire ou mutent vers d’autres secteurs comme le logement ou l’activité productive.
Quant au logement, il est au même titre que le bâtiment tertiaire confronté aux grands défis climatiques. Aujourd'hui il est clair que le développement d’une offre diversifiée de logements ne peut se faire sans confort environnemental et réduction des îlots de chaleur. Autrement dit, il s’agit certes de construire plus de logements mais aussi de les rendre vivables.
Par ailleurs, autre piste à creuser, le logement intermédiaire gagnerait à être mieux pris en compte car il permet de satisfaire les besoins des salariés et donc contribue à la réduction des trajets domicile/travail et à la pollution qu’ils engendrent.
Sur la ressource en eau
C’est une des problématiques cruciales des années à venir. Les entreprises vont devoir, quasi concomitamment, gérer la rareté de cette ressource (cas de sécheresse) et aussi le risque d’inondation et de ruissellement des eaux. Pour certaines, des restrictions d’eau ou au contraire une abondance de pluie, peuvent paralyser leurs activités.
Les modèles urbains vont devoir impérativement et rapidement changer. Il revient notamment aux projets d’aménagement et de construction de prendre la mesure de ces risques. Pour preuve, un permis de construire a été refusé pour insuffisance de prise en compte du risque de sécheresse et le juge administratif a validé ce refus. Les documents de planification, plans de prévention des risques inondations relevant de l’Etat et plans locaux d’urbanisme relevant des collectivités territoriales, doivent harmoniser leur contenu et coordonner leurs prescriptions.
Sur toutes ces thématiques (et sur d’autres, telle la mobilité, la gestion des déchets...), une approche transversale des enjeux liés au changement climatique pour les entreprises s’impose. Les sujets sont imbriqués, impossible de les traiter indépendamment. A la COP maintenant de bien en tenir compte. De même qu’il faut rappeler que c’est la mobilisation de l’ensemble des acteurs -publics et privés- qui garantit le double objectif de relever le défi climatique et de développer l’économie francilienne.
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Rapporteur : Dominique Mocquax
Experte : Andréa Ribeiro
Janvier 2025
